11 novembre 2009
Ungernmania 5 : les interventonnistes
Dans cet "épisode", nous voyons des Tchécoslovaques, Français, Tonkinois, Anglais, Cosaques et Japonais combattre côte à côte des Russes, Allemands, Hongrois et Coréens, la plupart à mille lieux de chez eux. L'essence du Back of Beyond figuriniste. Je me suis pris au jeu d'ungernmania, et ai ressorti bouquins et notes pour compléter les chapitres incomplets. Le délai entre les épisodes 4 et 5 est du entre autres à la lecture de The Midnight War, un autre livre sur le sujet que j'avais depuis longtemps. L'excuse pour cet article sans photo, c'est que je n'ai pas peint le moindre interventionniste encore (à l'exception d'une poignée de Tchécoslovaques)
Les Français et les Britanniques ont l'idée d'une intervention dès 1917. Il s'agit alors de renforcer l'allié russe, faiblissant mais encore en guerre sous le gouvernement provisoire. Cependant les ressources en hommes manquent, d'où l'idée de faire appel aux Américains et aux Japonais. Mais ces tentatives échouent. Avec le traité de Brest-Litovsk en mars 1918, les Bolchéviques font la paix avec les puissance centrales, et les hésitations sont levées. Des navires de guerre sont présents depuis longtemps à Vladivostok, officiellement pour protéger les gigantesques stocks d'armes qui y sont entreposés (fournis par les alliés). Dès avril, les premières troupes débarquent. Ce sont encore de modestes contingents de marins. Il s'agit de faciliter l'évacuation des Tchécoslovaque.
L'épisode de la révolte des Tchécoslovaques en mai fournit bientôt l'alibi d'une l'intervention plus importante. Le 29 juin, avec l'assentiment des alliés, les 15 000 Tchécoslovaques présents dans la ville sous le commandement du général russe Dieterichs renversent les autorités bolchéviques de la ville et commencent à lutter contre les gardes rouges vers le nord. Les contingents interventionistes débarquent à Vladivostok en août et se joignent bientôt à eux.
Officiellement, il s'agit d'aider les Tchécoslovaques à sortir du pays, dont le gros est encore retenu à l'ouest d'Irkoutsk. Avec la constitution des premiers "gouvernements" blancs (qui sont plutôt nombreux au départ), l'alibi devient d'aider ces derniers contre les rouges. L'idée, c'est en fait de renverser les Bolchéviques, pour replacer aux commandes un gouvernement russe pro Entente - à définir - dont la principale qualité attendue sera de réouvrir le front est contre les puissances centrales. Il faut se souvenir qu'au printemps 1918, l'Entente connait la période la plus difficile de la guerre. Les troupes allemandes libérées du front de l'est par la capitulation russe sont massées en France. Ce sont les offensives Luddendorf. Le front est enfoncé à plusieurs reprises et colmaté à grand peine. Paris est maintenant à portée des canons géants allemands. Après presque quatre ans de guerre, personne n'ose alors espérer une victoire proche, ni ne peut s'imaginer que l'armée allemande s'effondrera aussi rapidement en automne.
Il y a en plus le problème des prisonniers de guerre politisés allemands et austro-hongrois qui combattent aux côtés des gardes rouges. Il est difficile de se faire une idée numérique de ce phénomène, probablement faible, mais qui prend des proportions démesurées dans l'esprit de dirigeants alliés et des opinions publiques, qui y voient la preuve d'une l'alliance entre les Bolchéviques et les puissances centrales.
Ca, c'est pour Paris et Londres. Les motivations des Japonais sont différentes.
Même si les Japonais sont en guerre contre l'Allemagne depuis août 1914, leur participation s'est limitée à la capture des possessions allemandes en Chine (Tsing Tao, où l'héritage allemand est toujours embouteillé). L'espoir de voir les divisions japonaises combattre en Europe aux côtés de l'Entente fait long feu. En fait les Japonais sont un des grands bénéficiaires de la guerre. Ils profitent du retrait des Européens de l'Asie, et leur prêtent beaucoup.
Leur intervention en Sibérie coïncide avec leurs intérêts impérialistes régionaux. Leur ambition est de créer une zone d'influence en Asie du nord-est, une mer intérieure japonaise bordée par la Corée, la Sibérie orientale et le nord de la Chine. Leur intervention dans la guerre civile russe aura donc pour objectif l'exploitation économique de l'Extrême-Orient russe, le combat de toute force socialiste pour éviter la contagion révolutionnaire, le support de forces réactionnaires - les atamans cosaques - pour entretenir une situation d'anarchie et éviter la constitution d'un pouvoir russe fort, et l'entretien d'une importante présence militaire. Ils ne dépasseront jamais le lac Baïkal à l'ouest. Leurs offres d'aide faites à Koltchak seront repoussées par ce dernier car assorties de contreparties qu'il se refusera à leur accorder. On verra comment la politique suivie par les Japonais finira par se retourner contre eux quand les Blancs auront été balayés et que les Bolchéviques viendront frapper à la porte.
Les Américains sont un autre grand bénéficiaire de la guerre. Leur intervention en Sibérie, outre leur volonté d'aider leurs alliés, est motivée par le désir d'observer et de contrecarrer les ambitions japonaises. Américains et Japonais sont déjà rivaux en Asie et dans le Pacifique, même s'ils n'entreront en conflit ouvert que vingt ans plus tard. Contrairement aux autres alliés, les Américains resteront officiellement neutres dans la guerre civile russe, se refusant à prendre partie pour un camp ou un autre et se cantonnant à des tâches de protection des ressortissants étrangers et des infrastructures. Ils interviennent en fait très tôt en détachant des spécialistes ferroviaires aider au bon fonctionnement du Transsibérien et s'arrangeront pour que le contrôle de ce dernier échappe aux Japonais.
Les effectifs des contingents envoyés sont contrastés. Les Français, les Anglais (et les Italiens) se contenteront d'une présence symbolique. Les Américains envoient 9000 hommes en Sibérie, des unités permanentes venues de Californie et des Philippines. Les Japonais, eux, envoient d'emblée 70 000 hommes, chiffre qui augmentera plus tard jusque 200 000 ou 300 000 [à vérifier, chiffre exact].
Le contingent français se compose du 16e régiment d'infanterie coloniale (218 européens et 213 tirailleurs tonkinois) stationnés en Chine, du 9ème régiment d'infanterie coloniale et d'une compagnie du 3e zouave prélevés sur les troupes d'Indochine. En tout 1140 hommes. (infos sous caution - trouvées d'un forum)
A peine débarqués, Français et Britanniques sont mis à contribution au nord vers Khabarovsk pour aider les Tchécoslovaques sur le front contre les Bolchéviques. Ils sont bientôt rejoints en force par les Japonais, et par des cosaques de l'Amour et de l'Oussouri (l'ataman Kamylkov).

A l'ouest, après de rudes batailles au sud du lac Baïkal, les Tchécoslovaques débouchent en Transbaïkalie. Les Japonais arrivent en force à Mandchouli le 23 août et poussent vers l'ouest. Les Bolchéviques sont balayés. La dernière poche de résistance rouge est réduite à Blagovechtchensk en septembre. L'Extrême-Orient russe va maintenant vivre un an et demi de calme très relatif.
Après cela, les contingents français et anglais iront rejoindre la Sibérie occidentale mais ne combattront plus, exécutant des fonctions de gardes ou honorifiques. Ils repartiront par Vladivostok en 1920. Les Japonais resteront plus longtemps, on le verra.
Quelques ouvrages
The Midnight War - the American Intervention in Russia, 1918-1920, Richard Goldhurst, 1978
Ouvrage consacré à l'intervention américaine en Extrême-Orient et à Arkhangelsk. C'est très vivant. De tout ce que j'ai lu, c'est le livre qui évoque le mieux la Légion Tchécoslovaques, décrivant certaines de ses opérations. Les combats au sud du lac Baïkal feraient un bon film de guerre, ou une table de démonstration spectaculaire, avec progression appuyée par des trains blindés le long de la rive montagneuse du lac, entrecoupés de tunnels qu'on peut faire sauter, appuyés par des brise-glaces armés en guerre, envoi de trains piégés, embuscades dans les montagnes, opérations amphibies nocturnes. J'ai cru détecter une ou deux petites erreurs mais ça n'enlève rien à la valeur de l'ouvrage.
Interventions alliées pendant la guerre civile russe (1918-1920), Jean-David Avenel, Economica, 2001
Bien que mettant l'accent sur les interventions étrangères, ce livre est en fait une histoire de la Guerre Civile Russe. L'auteur a réussi à tout faire rentrer dans 200 pages. Il en résulte un livre très dense, une synthèse extrêmement intéressante présentant bien les tenants et les aboutissants de la guerre - et sans aucun beyoutage - plutôt que le détail des opérations, mais malheureusement difficile à appréhender pour qui découvre le conflit.
With the die-hards in Siberia, John Ward
http://www.gutenberg.org/etext/10972
Ce livre est disponible gratuitement en ligne. Il s'agit de mémoires du commandant des forces britanniques en Sibérie. On suit le 25e bataillon du régiment Middlesex dans ses batailles et pérégrinations, et on croise quelques personnalités.
Les temps sauvages, Joseph Kessel, 1975
Roman autobiographique (longue nouvelle plutôt) de l'aviateur Kessel, envoyé à Vladivostok en 1918 et chargé de veiller à l'acheminement de l'aide française vers le front. Un bon portrait de la ville occupée par les différents groupes, et on y rencontre Tchécoslovaques et Cosaques.
06 novembre 2009
Ungernmania 4 : Mandchouli
Décembre 1917. La ville de Manchouli est en proie à l'agitation. Sous l'impulsion du soviet local, les forces de la milice russe sont entrés en mutinerie et ont commencé à juger leurs officiers. En dehors de la ville, l'armée chinoise gouvernementale (en fait les forces de Tchang) s'apprête à intervenir pour les désarmer, comme elle l'a fait à Harbin.
Par un coup d'audace et de bluff plus que de force, et avec l'aide d'une poignée de compagnons, un homme réussit à les désarmer et les renvoie chez eux par le premier train. Il prend le contrôle de la ville. Cet officier, c'est Semenov. Parmi ses compagnons, Ungern Sternberg.
Grigori Mikhalilovitch Semenov (aussi orthographié Semionov, Semionoff, etc.) est né en 1890 en Transbaïkalie, la province russe sibérienne située entre le lac Baïkal et la Madchourie. Son père est un paysan aisé cosaque. Sa mère est une Bouriate. Les Bouriates sont en fait les Mongols de Sibérie, comme eux nomades habitant dans des yourtes. Cette origine de Semenov aura son importance, on le verra quand on abordera le mouvement pan-mongol.

Les Cosaques ont été les artisans de la conquête de la Sibérie entre 1580 et 1640. Ils y sont implantés en communautés, ou armées, dans les différentes provinces. En échange d'une certaine autonomie et de terres, ils doivent un service militaire au Tsar et sont à la fois les forces armées locales et les gendarmes du Tsar. Ils ont une organisation interne et élisent leur ataman. Les communautés cosaques de l'Extrême-Orient sont celles de Transbaïkalie (à laquelle appartient Semenov), de l'Amour (ou pri-Amour) et de l'Oussouri, correspondant aux trois provinces.
En Sibérie, sous les Tsars, les Cosaques sont considérés comme des privilégiés, ce qui nourrit un certain ressentiment de la population (accru par le fait que la Sibérie accueille de nombreux exilés politiques et religieux, souvent ex-bagnards, et que les Cosaques représentent l'autorité du Tsar). A la révolution russe, la plupart des Cosaques sont ainsi poussés "naturellement" du côté des Blancs, d'autant que Lénine abolit leur statut spécial dès les premières semaines de la révolution.
Semenov suit une carrière militaire, comme beaucoup de Cosaques, entrant à l'école des cadets d'Orenbourg en 1908 puis prenant du service comme officier dans le premier régiment de cosaques de Transbaïkalie (des cavaliers donc). Il sert un temps dans la garde du consul à Ourga en Mongolie - passage important dont on reparlera.
Puis la Grande Guerre éclate. Semenov combat pendant toute sa durée, excellant à mener des raids montés et recevant plusieurs décorations. C'est sur le front de Galicie, dans l'armée de Wrangel (futur célèbre général blanc) qu'il se lit d'amitié avec Ungern, autre jeune officier cosaque.
En janvier 1917, il est affecté en Iran, pour couvrir la tentative du général Baratov d'établir une jonction avec les forces britanniques d'Irak. Là dessus éclate la révolution de février (en mars de notre calendrier). L'armée, déjà usée, commence à se désagréger. Une des premières mesures du gouvernement provisoire est de laisser les sodats élire leurs officiers.
On retrouve Semenov à Petrograd (ex Saint-Petersbourg), la capitale de la Russie. Fin juillet, il part pour la Transbaïkalie lever un régiment de cavaliers bouriates et mongoles. Le gouvernement provisoire, rompant avec le passé, a décidé de lever des troupes non russe ethniques et non chrétiennes.

Mais la Sibérie est en pleine effervescence révolutionnaire. L'armée s'est désintégrée et les soldats "politisés" reviennent du front avec leurs armes, mêlés à des agitateurs. Les soviets et les zemstvos, les assemblées locales, surchauffent. Tchita est un foyer d'agitation communiste. Déjà pendant les événements révolutionnaires de 1905, une "République de Tchita" avait été proclamée. Les Bolchéviques commencent à organiser des unités de gardes rouges parmi les travailleurs locaux, mineurs, cheminots et autres, et les vétérans de retour du front. Bientôt, de nombreux "internationalistes" sont incorporés : des étrangers politisés, recrutés surtout parmi les prisonniers de guerre, essentiellement allemands, hongrois et autrichiens. Il y avait en effet des camps de prisonniers dans toute la Sibérie.
Semenov poursuit ses efforts de recrutement - qui ne sont guère couronnés de succès - même après l'affaire Kornilov, et même après la révolution d'octobre (en novembre de notre calendrier), qui laisse à penser qu'il ne le fait plus pour le gouvernement.
Lorsque les gardes rouges commencent à prendre le contrôle des villes de Transbaïkalie. Il se réfugie un temps à Daouria, qui est une ville garnison, mais les maigres régulières désertent peu à peu. Le 18 décembre 1917, Semenov fuit vers Mandchouli.
Après avoir pris le contrôle de la ville, comme on l'a vu, il commence à recruter une armée, enrôlant des Russes réfugiés en transit par le train - notamment des Cosaques de l'Oussouri se dirigeant chez eux, mais surtout des Asiatiques. C'est le début de l'OMO, initiales de Détachement Spécial de Mandchourie (en fait, nommé d'après la ville d'origine : on devrait dire Détachement Spécial de Mandchouli).
Aux premiers jours de 1918, il revient attaquer la Russie avec 600 hommes : 51 officiers, 300 Bouriates, 135 Cosaques et 80 mongols. A l'époque, il n'y a pas d'opposition organisée contre les Rouges. C'est une des toutes premières armées blanches, une poignée d'hommes sans artillerie, sans mitrailleuse.
L'armée va croître progressivement, et il lance plusieurs offensives dans les mois qui suivent. Les Bolchéviques massent une armée face à lui, commandée à partir de février par le Moldave Sergueï Lazo, un individu que l'on reverra. Ce n'est pas encore l'armée rouge.
L'OMO n'accomplit rien à part fixer les forces rouges face à eux. A chaque revers, l'OMO se replie à Manchouli, en Chine, où les Rouges n'osent pas les poursuivre. La situation va changer radicalement à l'arrrivée des Tchécoslovaques et des Interventionistes.
Quelques ouvrages
White terror, Cossack Warlords of the Trans-Siberian, de Jamie Bisher, Routledge
Un pavé (très cher mais très riche) qui est le livre le plus complet que j'ai lu sur le sujet de cette petite série d'articles, centré autour de Semenov. Passionnant.
Il y a un site http://webspace.webring.com/people/wj/jetlag78/index.html
Daouria
Un film soviétique difficile à trouver. Comme je ne l'ai vu qu'en russe, je n'ai compris que les très grandes lignes. Il est consacré à la guerre civile en Transbaïkalie, du point de vue de Cosaques pro-communistes. Il y a quelques scènes de combat, des trains, etc.
Serko, film de Joël Farges de 2006
1889. Un jeune Cosaque part de la province de l'Amour pour rejoindre Saint-Petersbourg, monté sur un petit cheval nommé Serko. Le film est le récit de son voyage, et fait la part belle aux superbes paysages de Sibérie (notamment le Baïkal en hiver) et à l'évocation de trois groupes ehniques : les Cosaques, les Evenks et les Bouriates. Film tout public et sans prétention, mais très joliment poétique.
Ce film est inspiré d'une histoire vraie relatée dans le livre "la Russie à cheval", de Jean-Louis Gouraud, que je n'ai pas lu. Il y a aussi un livre avec les photos du film.
Uniformes
Les Gardes Rouges
Les gardes rouges d'abord surtout des ouvriers. Ils portent donc des vêtements civils ou vaguement militarisés, avec des insignes rouges au chapeau, ou des brassards rouges. On peut imaginer parmi eux l'agitateur à bésicles. Peu à peu, ils sont rejoints par des soldats qui reviennent du front et peuvent encore avoir des pièces de leur équipement militaire (sans les épaulettes).
Sur les brassards l'inscription "Krasnaya Gvardiya", Garde Rouge. En cyrillique pour les courageux : Красная Гвардия
Les internationalistes
Difficile de savoir. Les prisonniers de guerre étaient probablement dans leur tenue militaire d'origine (c'est plus rigolo pour le figuriniste), mais vraissemblablement sans les casques. On peut imaginer aussi qu'ils soient en civil, voire en vêtements militaires russes, ou en mélange de civil, et de vêtements militaires d'origine et russe, mais toujours avec des brassards rouges. (Tout ça est de la pure spéculation).
Bref il y a de quoi faire de jolies unités disparates, loin de l'image d'Epinal du Bolchévique en capuchon pointu.
Les Cosaques

Les Cosaques d'Extrême Orient sont de la branche des Cosaques des steppes. Attention à ne pas prendre des figurines de Cosaques du Caucase, qui sont plus typées.
Tous les cosaques d'Extrême-Orient ont le pantalon bleu avec une bande jaune. La couleur (bordure) des épaulettes varie : jaune pour le Transbaïkal, mélange de jaune et de vert pour l'Amour et l'Oussouri.
Il s'agit de l'uniforme de l'armée tsariste, qui pourra varier ensuite en fonction des forces locales.
04 novembre 2009
Ungernmania 3 : la Mandchourie

Hounghouzes
A l'époque qui nous intéresse, la Mandchourie est une province chinoise encore largement sauvage. C’est le berceau des Mandchous, la dynastie chinoise au pouvoir jusqu’à la révolution de 1911. La Mandchourie englobe aussi sur son ouest de vastes zones peuplées de Mongols. Les régions mongoles situées dans le territoire de la Chine sont appelées la Mongolie Intérieure.
A noter que les territoires extrême-orientaux de la Russie, au nord de l’Amour et à l’est de l’Oussouri (province de l'Amour et province maritime) sont appelés par les Chinois Mandchourie Extérieure (appellation qu'on ne retrouve quasiment pas dans les ouvrages sur le sujet). Ces provinces ont été obtenues de la Chine au milieu du 19ème siècle. C’est la grand époque des « traités inégaux » où les puissances arrachent territoires et concessions à la Chine.
Les souverains mandchous de la Chine avaient pratiqué une sorte de « ségrégation » géographique de la Mandchourie, avec des barrières physiques empêchant les Chinois Han ou les Mongols de pénétrer librement en Mandchourie ethnique. Cette situation a largement évolué à partir de la moitié du 19ème siècle, la migration des Chinois Han étant alors encouragée pour contrebalancer démographiquement l'influence russe. On y trouve aussi à l'époque qui nous intéresse de nombreux Coréens arrivés dans la région pour travailler sur les voies ferrées.
Car, étendant leur sphère d'influence en Mandchourie les Russes y ont construit deux voies ferrées : l'une traverse la Mandchourie et relie Daouria à Vladivostok,. C’est en fait un tronçon du Transsibérien. L'autre joint cette ligne à Port Arthur dans le sud. A l'embranchement des deux lignes se trouve la ville de Harbin (Kharbine, Kharbin), siège de la Compagnie de Chemins de Fer de l'Est Chinois, la société à capitaux russes qui gére le chemin de fer. En ces temps durs pour la Chine, la voie ferrée a un statut d'extraterritorialité en faveur de la Russie, la CCFEC la gérant à sa guise et ayant même sa propre milice.
Cette situation sera une des causes de la guerre des Boxers en 1900, qui voit les Russes envoyer des troupes en Mandchourie pour protéger ses intérêts.

carte pourrie: Mandchourie et Extrême-Orient russe

situation de la carte précédente en Asie (sur une carte actuelle) - permet de se faire une idée de l'immensité de la Manchourie et de l'Extrême Orient russe !
La guerre russo-japonaise de 1905, qui se déroule essentiellement en Mandchourie, voit les Japonais disputer leur influence dans la région aux Russes. En résultat de leur victoire, les Japonais obtiennent entre autres l'administration du tronçon vertical (Harbin-Port Arthur), qui est désormais géré par les Chemins de Fer du Sud Mandchou, à capitaux japonais, tandis que les Russes gardent le tronçon du Transsibérien .
Les Russes décident alors prudemment de construire une variante du Transsibérien entièrement en territoire russe. Cette branche fait l'immense détour par le nord et rejoint Khabarovsk et Vladivostok. Elle est achevée en 1916 seulement.
A partir de la guerre civile russe, l'influence japonaise ira grandissante. En 1931, c’est sur la ligne du Chemin de Fer du Sud Mandchou qu’a lieu l'incident de Mukden qui servira de prétexte à l'invasion de la Mandchourie. Ces événements sont évoqués dans Tintin et le Lotus Bleu. En 1932, les Japonais font de la Mandchourie le Mandchoukouo, leur état satellite, avec Pu Yi le célèbre « dernier empereur » assis sur le trône. Avant de passer le reste de la Chine à la casserole.
Mais revenons à la fin de 1917. Le chemin de fer de l'Est Chinois est alors dirigé par le général Khorvath, qui est à la fois administrateur de la compagnie et gouverneur de la zone du chemin de fer de l'Est Chinois, la bande bordant chaque côté de la voie ferrée. Khorvath n'est pas du tout favorable au bolchévisme, et toute la zone devient un refuge des blancs, protégé de fait par sa situation en territoire chinois (mais pas protégé de la propagande, qui touche les miliciens et les travailleurs du rail). Harbin devient un des premiers lieux de la résistance blanche, et Khorvath son leader. La ville se peuple rapidement de militaires russes menant la belle vie tout en proférant des discours bellicistes, mais n'agissant guère. La ville devient aussi un nid de représentants et d'espions de toutes sortes.
La ville de Mandchouli se situe à l’ouest, sur la voie ferrée, tout près de la frontière entre Russie et Chine, mais en Mandchourie. C’est là que nous allons bientôt faire connaissance avec Semenov et Ungern.
En Mandchourie se trouvent aussi les Hounghouzes (ou honghuzis, à ne pas confondre avec les Toungouzes), hommes des bois clandestins mi bandits mi rebelles.

le général Tchang en uniforme de parade de l'armée chinoise
Tchang Tso Lin (Zhang Zuolin en pinyin) a commencé sa carrière comme un Hounghouze. En 1918, il a le contrôle de la Mandchourie et va étendre son pouvoir jusqu'à occuper Pékin en 1926 et devenir le plus puissant Seigneur de la Guerre de Chine, son dirigeant de fait, même si la fiction de la République perdure. Mais là encore, c'est une autre histoire. Pour l'instant, Tchang, qui redoute les interventions étrangères - et finira d'ailleurs assassiné par les Japonais en 1928 - se fait discret. Nous n'en entendrons pas parler. Notons quand même qu’il emploiera des Russes dans son armée, après la défaite blanche.
Quelques ouvrages
Les collines de Mandchourie, de Nicolas Baïkov, Petite Bibliothèque Payot, 2004
Nicolas Baïkov est un officier russe, affecté au début du siècle à une unité de gardes frontières du chemin de fer de l'Est Chinois, en Mandchourie orientale. Histoires de chasses, de rencontres avec les trappeurs, les chercheurs de ginseng, les Hounghouzes, les bagnards en fuite. Hymne à la nature dans une taïga encore vierge où règne le tigre de Sibérie, c'est une série de courts récits la plupart autobiographiques qui évoque puissamment ce que pouvait être la vie à la "frontière".

Dersou Ouzala, film d'Akira Kurosawa
A la même époque, non loin de là en Oussourisk, une histoire amité entre un explorateur russe et un chasseur mongol. Un film de Kurosawa peu connu des wargameurs (comparé aux samourailleries), tourné en Russie avec des acteurs russes, d'une grande poésie, et qui évoque bien l'immensité de la taïga et les techniques de survie dans ce milieu. Bon complément visuel de Baïkov.
Le bon, la brute et le cinglé, film de Kim Jee-Woon
Trois Coréens en Mandchourie dans les années 30. Un film coréen de 2008 déjanté, western « oriental » tourné dans le désert de Gobi, dont je me suis régalé.
Mouvements populaires et sociétés secrètes en Chine aux XIXe et XXe siècles, Chesneaux, Davis, Ho (collectif), Maspero
C'est un peu un livre de geek que ce volume collectif, mais très intéressant sur une multitude de sujets chinois. A propos du sujet qui nous intéresse, on y trouve un article sur les Honghuzis de Mandchourie, leur origine, leurs rapports avec la bureaucratie impériale, et l'organisation de la « république » de la Jeltuga, qui était une sorte d'état formé par des chercheurs d'or clandestins.
02 novembre 2009
Ungernmania 2 : les Tchécoslovaques

Origine de la légion tchécoslovaque
Les Tchèques et les Slovaques font partie de l'empire austro-hongrois, ennemis de la Russie pendant la Grande Guerre. Ils combattent donc dans l'armée austro-hongroise. Mais cet empire est en voie de décomposition, et un gouvernement tchécoslovaque en exil se forme à Londres (Masaryk), militant pour la création d'un état indépendant après la guerre (en cas de victoire de l'Entente), et proposant une aide armée en échange. La pénurie d'hommes étant une des grandes problématiques de la guerre, des unités composées de « prisonniers de guerre » tchèques et slovaques sont bientôt formées. Ils seront présents en petit nombre en France, mais très nombreux en Russie. Prisonniers de guerre ou déserteurs ? Un peu les deux. Les Autrichiens et Hongrois sont les maîtres haïs, tandis que les Russes sont les cousins slaves. De plus les Russes ont réussi de belles offensives militaires contre les Austro-Hongrois, avec de nombreux prisonniers à la clef. Tous les légionnaires seront des volontaires.
La légion atteindra sa force maximale, presque 70000 hommes en Russie fin 1917. Armée sans état, elle est placée sous commandement français. Les français ont d'ailleurs financé la formation de la légion.
La légion en mai 1918
En mai 1918, la Légion se trouve dans la région de la Volga supérieure, dans l'est de la Russie européenne. Auparavant, elle a participé à la guerre aux côtés des Russes, pris part à l'offensive Kerenski en 1917, lutté contre l'offensive allemande qui précipite le traité de Brest-Litovsk en février 1918. C'est pratiquement la dernière force ayant conservé sa cohésion.
A présent que la Russie s'est officiellement retirée de la guerre, l'effort allemand est entièrement concentré sur le front ouest, qui vit les heures les plus noires de la guerre. Paris est menacé. Après des atermoiements entre les alliés (Londres voulant envoyer la Légion réouvrir le front est dans le nord de la Russie, Paris voulant les amener en France), on décide finalement de les envoyer combattre en France.
Le chemin de la Mer Noire est bloqué par les Ottomans (l'épine dans le pied de l'Entente, qui précipita a chute de la Russie), le passage par les ports du nord est jugé peu sûr. Le chemin le plus direct est donc de traverser toute la Sibérie, et d'embarquer à Vladivostok, traverser le Pacifique, puis les Etats-Unis, puis l'Atlantique, pour la France(avec des variantes par le Canada et Panama). En résumé, un tour du monde. La première partie du voyage doit obligatoirement se faire par le Transsibérien. Les premières unités arrivent à Vladivostok fin avril 1918, tandis que le gros de l'armée est encore en Russie d'Europe.
Or les Tchécosclovaques se dirigeant vers l'est croisent des prisonniers de guerre allemands, autrichiens et hongrois, libérés suite au traité de Brest-Litovsk et rejoignant leur pays pour participer eux aussi à la guerre... mais dans l'autre camp. La situation est explosive. Une rixe à la gare de Tchéliabinsk dégénère. Trotski ordonne le désarmement de la Légion, peut-être sous la pression des Allemands. Les Tchécosclovaques ne l'entendent pas de cette oreille et entrent en « révolte ». N'obéissant plus à personne ils entreprennent de se frayer de force un chemin vers Vladivostok.

les metallos de l'Oural - des socialistes dans les forces blanches, aux couleurs de la Sibérie
La révolte des Tchécoslovaques
La Russie est alors un vaste chaos. L'armée tsariste n'existe plus. L'opposition blanche en est encore à ses balbutiements. L'armée rouge est embryonnaire. On imagine ce que peut faire une force de 60 000 vétérans, armés, décidés et motivés.
En Russie d'Europe, sur la moyenne Volga, les Tchécoslovaques affrontent les Bolchéviques et les battent. A Kazan, ils mettent la main sur la réserve d'or du pays, que les Bolchéviques avaient éloignée vers l'est par crainte d'une offensive austro-allemande. Dommage. Ce sera l' "Or de Koltchak", objet de bien des légendes.
En Sibérie, la légion est déjà dispersée sur toute la longueur du Transsibérien. Elle en prend le contrôle, faisant la jonction entre les différents groupes, prenant gare après gare. Sur le chemin, elle combat les forces bolchéviques, les gardes rouges, dont la réaction se limite souvent à vider les coffres des banques et à s'enfuir. Au sud du lac Baïkal des combats féroces ont lieu pour prendre les tunnels ferroviaires. Sur le lac lui-même des brise-glaces sont armés et combattent.
Leur tâche est facilitée par le fait que les forces rouges de Sibérie sont concentrées. Il n'y aurait pas moins de 27000 hommes faisant face à Semenov en Transbaïkalie.
A l'ouest, les Tchécoslovaquse n'iront pas jusque Moscou. La Guerre Civile Russe ne fait que commencer. Ce sont les Tchécoslovaques qui vont permettre aux Blancs de s'organiser. En Europe, sur la moyenne Volga, des SRs - des socialistes, donc. En Sibérie occidentale, plutôt des autonomistes sibériens. Tous ces gens formeront un directoire. Ce sera le KOMUCH. Ce mode de gouvernement ayant montré ses limites, Koltchak, arrivé entre temps, sera mis au pouvoir en novembre. Pour ne parler que du front de l'Oural.
Ce sont les Tchécoslovaques également qui donnent à l'Entente l'excuse pour débarquer à Vladivostok. Pendant un temps, elle compte même se servir d'eux pour rouvrir le front est, les Bolchéviques étant considérés comme des alliés des Allemands.
Très vite les Tchécoslovaques cesseront d'avoir un rôle actif. Ils demeureront en garnison le long du transsibérien à l'ouest du lac Baïkal, gardant la voie ferrée contre les partisans et garantissant le traffic. La Grande Guerre s'achève en novembre 1918 et l'indépendance de la Tchécoslovaquie est acquise dès octobre. Leur intérêt dans le conflit faiblit donc fortement. Ils n'aiment guère Koltchak, dont ils ne partagent pas les orientations politiques, et il semble qu'il y ait des tiraillements entre alliés, les Tchécoslovaques étant placés sous le commandement du général Janin, français, alors que Koltchak est une créature des Anglais.
Ils restent cependant sur place jusqu'à la fin. Lors de la débâcle blanche, de l'hiver 1919-20, et de la retraite le long du Transsibérien, ils joueront une sorte de double jeu, avec une pacte de neutralité avec les Bolchéviques, qui ne tenteront jamais de les rattraper. A cette occasion, il est vraisemblable qu'ils leur aient livré Koltchak.

Les uniformes
Les Tchécoslovaques sont habillés d'uniformes tsaristes, dont ils ont retiré les épaulettes, en même temps que toute l'armée russe après la révolution de février. La Légion Tchécoslovaque est en fait plutôt socialiste dans l'âme, et on peut les soupçonner d'avoir eu plus de sympathie pour Lénine que pour Koltchak, ce qui explique beaucoup de choses. Ils portent un ruban blanc et rouge – les couleurs nationales - oblique sur l'insigne de la casquette, qu'on peut retrouver aussi sous forme de chevron sur le biceps gauche.
Quand leur état sera créé, l'armée tchécosclovaque recevra un uniforme national distinctif, mais s'il a réussi à atteindre la Sibérie, ça ne peut pas être en grande quantité.
Une des caractéristiques des Tchécoslovaques est que, ayant mis la main sur beaucoup de matériel ferroviaire, ils se dotent de nombreux trains blindés.
Quelques ouvrages
Un acte d'amour (the people's act of love), de James Meek
Ce roman se déroule dans une petite ville de Sibérie qui héberge une garnison tchécoslovaque alors que les Bolchéviques s'approchent. J'ai beaucoup aimé.
Amiral, d'Andreï Kravtchuk
Ce film de 2008 est une caricature partisane et grossissante de la vie de Koltchak, héros romantique, et qui prouve qu'on sait faire des films aussi cons en Russie aujourd'hui qu'à l'époque soviétique (il suffit d"inverser la polarité). Vaut le coup cependant pour les quelques scène de bataille.
Remembering a forgotten war - Civil War in Eastern European Russia and Siberia, 1918-1920, de Serge P. Petroff
Un bon livre sur la guerre du front de l'Oural, qui explique bien le cheminement du front est, d'un point de vue militaire et politique. Les évènements de l'Extrême-Orient sont lointains mais leur impact est bien analysé.
Ungernmania, la Guerre Civile en Extrême-Orient (1)
Ungernmania est un projet que j'ai commencé il y a quelques temps, et jamais terminé. Le fichier que j'ai conservé date de juillet 2007. Après deux ans, il y a prescription : je ne le terminerai jamais. Donc je le publie en l'état.

Introduction
En octobre 1920, une armée composée de Russes et d'Asiatiques entre en Mongolie, chasse les Chinois de la capitale, puis retourne attaquer la Russie Soviétique. Elle est commandée par le général Roman von Ungern Sternberg, surnommé le baron fou, ou sanglant, selon l'inclination du narrateur.
Qui était-il ? D'où venait-il ? Alcoolique, instable,
antisémite, sadique, fou, sanguinaire (sanglant), visionnaire,
mystique, monarchiste, bouddhiste. Toutes les épithètes lui ont été
attribuées. Les portraits qu'on dresse de lui, les actes qu'on lui
attribue et les évènements auxquels il aurait participé sont
souvent contradictoires. C'est un personnage de légende que ce
baron, et il est difficile de cerner l'homme réel derrière toutes
les conneries choses extravagantes que l'on a pu
raconter à son sujet.

On parle généralement de ses exploits comme d'une aventure, sans lendemain, mais aussi sans préalable. Où était-il avant de passer en Mongolie ? Qu'a-t-il fait pendant la guerre civile ? Quels étaient ses rapports avec Semenov, l'ataman auto-proclamé avec qui il était depuis près de trois ans ? D'ailleurs, qui était ce Semenov, qui semble avoir eu avant Ungern le rêve d'un empire pan-mongol unifé ?
En se penchant sur Semenov, on est obligé de s'intéresser au destin de la Sibérie orientale pendant la guerre civile russe. D'abord les peuples autochtones des rives orientales du lac Baïkal, les Bouriates, nationalité de la mère de Semenov. Puis aux Japonais, dont Semenov était le protégé. Car les Japonais étaient dans la région en nombre, en compagnie d'Américains, de Français, d'Anglais, d'Italiens, de Canadiens entre autres, et aussi des Tchécoslovaques, nationalistes en quête d'un état englués dans une guerre qui n'est plus la leur. Et on est obligé de s'intéresser au front de l'Oural et à l'amiral Koltchak. Si on ajoute une dizaine d'autres nationalités impliquées dans cette histoire à un titre ou à un autre, on prend peu à peu la dimension d'une aventure d'une belle complexité, avec des tenants et des aboutissants dans des parties du monde très éloignées, dans les deux directions du Transsibérien.
N'oublions pas non plus les Chinois. Que font-ils en Mongolie ? Comment s'en laissent-ils expulser par une division de soldats affamés sans la reprendre ? Saviez-vous que le Transsibérien traversait la Chine ?
Peu à peu, Ungern passe au second plan, et on brosse le tableau riche et mouvementé de la Guerre civile en Extrême-Orient, région englobant les territoires russes situées entre à l'est du lac Baïkal, la Mongolie, les provinces chinoises de Mongolie Intérieure et de Mandchourie.
Guerre Civile ? Tout court ? Oui par commodité. Si les évènements sont essentiellement provoqués et ancrés dans la guerre civile russe, la guerre civile chinoise s'y dessine aussi à l'état embryonnaire, et ces événements s'inscrivent dans les troubles de l'après grande guerre.
Guerre Civile Russe ?
Les wargameurs qui s'intéressent à la guerre civile russe s'intéressent généralement aux fronts sud : l'armée des volontaires. Les gens un peu plus curieux connaissent d'autres théâtres. L'armée du nord, la guerre contre la Pologne, les armées multicolores (blanches, noires, vertes) d'Ukraine. Par scrupule, on cite parfois le front oriental, ou Sibérien (ici, nous dirons plutôt front de l'Oural), pour mentionner un amiral Koltchak qui assemble des troupes de Sibérie et combat l'armée rouge avec l'aide des Tchècoslovaques. C'est une approximation trompeuse, on le verra. Alors que dire de l'Extrême-Orient - quand on en parle - sinon qu'y règnent des atamans sanguinaires et des Japonais impérialistes, et que la guerre civile s'y prolongera longtemps (mais moins qu'en Asie Centrale) avec la fictive République d'Extrême-Orient ?
Ici nous adoptons un peu le point de vue opposé. La Russie Européenne est quasi inconnue. Le front de l'Oural apparaît comme lointain, un peu sous la forme d'un barrage lointain qui finit par céder. Nous présentons une situation d'une complexité, insoupçonnable dans les ouvrages généralistes sur la Guerre Civile Russe. Ne connaissant à peu près rien de la situation à l'ouest, nous nous garderons cependant de faire une comparaison.

Back of Beyond ?
« Back of Beyond » fait référence à une nouvelle de Rudyard Kipling, et est un terme utilisé pour désigner les territoires d'Asie Centrale situés entre les Empires britannique et russe. Comment le traduire ? Le « bout de nulle-part » ? On pourrait tout aussi bien dire l'Asie Centrale. Ce territoire est l'enjeu du « Grand Jeu », terme qui désigne la guerre froide qui opposa Russes et Anglais pendant tout le 19ème siècle en Asie. Le Grand Jeu se poursuit d'ailleurs longtemps, les Américains prenant la succession, et n'est probablement pas terminé.
Ungern-Mania recouvre en partie le Back of Beyond, mais en partie seulement. En fait, le vrai point commun est notre ami Ungern. Dans le Back of Beyond, Ungern est un être surgi de nulle part, d'hors contexte, difficilement compréhensible. Chez nous, il est un événement ayant une place inscrite entre d'autres évènements.
01 novembre 2009
Ungernmania - sommaire (et chronologie)
Sommaire
Chronologie, incomplète.
Août 1914 la Russie entre en guerre.
Mars 1917
la Russie « flanche » - c'est la révolution (de février). Un
gouvernement provisoire est mis en place. Une assemblée constituante
est élue, en majorité socialiste. Les Bolchéviques sont minoritaires.
Juillet 1917 offensive russe « Kerenski » contre les puissances centrales. Echec total du à la décomposition de l'armée russe.
Novembre 1917
révolution (d'octobre) : les Bolchéviques prennent le pouvoir.
Cessez-le feu. Ouverture des négociations avec l'Allemagne. Lénine
tergiverse (attendant que les travailleurs allemanfs fassent leur
révolution à l'exemple de la Russie).
Décembre 1917 premières résistances armées contre les Bolchéviques. Semenov prend Mandchouli.
31 janvier 1918 adoption du calendrier grégorien. Fin du décalage de douze jours avec notre calendrier grégorien.
Février 1918 l'armée allemande lance une grande offensive et oblige les Bolchéviques à signer le traité de Brest-Litovsk.
3 mars 1918 le traité de Brest-Litovsk où la Russie abandonne un territoire immense à l'Allemagne.
Mais
surtout, le traité de Brest-Litovsk marque la fin du front est, ce que
l'Entente redoutait plus que tout. L'Allemagne amène toutes ses forces
à l'ouest et lance une série d'offensives. Ma ville natale se retrouve
soudain derrière les lignes allemandes et est rasée. Paris est menacé.
Heureusement, les assauts allemands s'essouflent. Les renforts
américains et les chars font le reste.
Mai 1918 la révolte des Tchécoslovaques déclenche le vrai début de la guerre civile russe
Août 1918 débarquement interventioniste à Vladivostok
Septembre 1918 l'Extrême-Orient russe est sous contrôle blanc
11 novembre 1918 armistice de la grande guerre
Novembre 1918 coup d'état de Koltchak qui prend la tête du front de l'Oural et devient chef suprême des armées blanches.
Fin 1919 déroute des armées blanches de l'Oural
Carte
