14 août 2009
Empire Ottoman : le déclin, la chute, l'effacement, d'Yves Ternon
Je cherchais à me documenter sur les affres de la survie de l'Empire Ottoman dans l'immédiat post 1918 qui devait déboucher sur la Turquie moderne. Il y a la première guerre mondiale - passionnante en soi, et bien documentée, bien qu'il doit y avoir en français cent fois plus de bouquins sur le front ouest que sur tout le reste réuni. Mais la fin la guerre (et même avant) le poids qui maintenait fermé le couvercle de la marmite s'allège et la pression se relâche dans un grand bouillonnement de vapeur. Les vainqueurs de la guerre sont épuisés (et ont leurs propres troubles domestiques), les Etats Unis entrent dans un phase d'isolationisme et les traités tardent à arriver.
De l'Extrême Orient à l'Europe, c'est un territoire immense qui s'ébroue. La Guerre Civile Russe, si méconnue, et d'une complexité telle que le Tsar la compare à la guerre des étoiles (j'aime beaucoup cette comparaison), est au centre de tout ça, mais ça la déborde très largement. Pour la première guerre mondiale, tout peut plus ou moins s'ordonner autour d'un affrontement entre deux camps. Mais l'après-guerre s'éparpille dans un tourbillon indémmerdable de mouvements nationalistes, politiques, idéologiques. Ca part dans tous les sens et il est bien difficile de décrire tout ça, et ça finit généralement en dictature avec un pouvoir très fort. La Turquie ne fait pas exception.

En ouvrant sérieusement le livre, j'ai eu une grosse frayeur : d'après sa biographie l'auteur est en effet un spécialiste des génocides, notamment arménien. Heureusement, son livre reste objectif, apparemment sans volonté d' enjoliver ni occulter, très loin du beyoutage caractérisé de Heers ou Venner, chroniqués sur ce blog (un de ces jours il faudra parler le Lamarque qui écrit des articles burlesques dans Prétorien).
On est ici dans un cadre beaucoup plus large que ce que je cherchais, et c'est tant mieux. Le livre commence par rappeler comment est né l'Empire Ottoman, à cheval sur trois continents, comment il est constitué, comment les différentes communautés qui le composent coexistent. On parcourt rapidement les premiers siècles de son histoire. Une moitié du livre est consacrée au démembrement progressif des versants africain et européen de l'Empire, au XIXème siècle, qui culmine avec les guerres balkaniques de 1912-13, et qui s'inscrit dans le jeu des puissances européennes, qui sont les arbitres et les artisans à la fois de la survie et du grignotement de l'"homme malade de l'Europe". C'est dense, très riche en information, parfois un peu aride, mais extrêmement intéressant pour comprendre l'histoire complexe des Balkans, dont l'irrédentisme de certains états n'est toujours pas éteint, loin s'en faut.
Avec la révolution de 1908 qui donne le pouvoir aux Jeunes Turcs (Nouveaux Ottomans), un nationalisme ottoman puis turc apparait, ainsi que les notions concentriques de turquisme, de panturquisme et de touranisme. Ensuite c'est la guerre, qui est décrite, sur les différents fronts : Gallipoli, le Caucase, l'Irak, la Palestine. Le génocide arménien est bien sûr abordé (l'auteur en est un "spécialiste"). Après la guerre, alors que Constantinople est administré par l'Entente, le mouvement nationaliste de Mustafa Kemal, parti d'Anatolie, revendique à peu près le territoire actuel de la Turquie. Il combat les Français en Cilicie puis la Grèce implantée autour de Smyrne. Le traité de Sèvres très défavorable est remplacé par le traité de Lausanne. Les frontières prennent le contours d'aujourd'hui (à l'exeption d'Alexandrette).
La fin du livre décrit l'évolution de la Turquie jusqu'en 1938, sous la houlette de Mustafa Kemal, avec toutes les réformes, transformations et mystifications qui en font un état (presque) homogène ethniquement, et laïc.
Au final un bouquin diablement intéressant, sans parti pris, qui, comme le rappelle le quatrième de couverture, concerne bien plus que la Turquie Moderne, puisqu'une vingtaine de pays sur trois continents sont les héritiers de l'Empire Ottoman, et qui donne beaucoup de clefs pour comprendre l'histoire du 20ème siècle et le monde d'aujourd'hui.
Recommandé par le psilète si vous n'avez pas peur d'un livre un peu riche et dense.
14 juin 2009
Les Chroniques de Thomas Covenant
Je commence le défi blogurifantasyque lancé avant-hier et qui consiste à parler des cycles de fantasy que l'on préfère. Soit un, soit tous. Après tout il y a assez de règles à respecter partout pour ne pas s'en inventer là où ce n'est pas nécessaire.
Autre participant :
- Raskal - Raven, Maîtresse du Chaos
- Stéphane - Gagner la Guerre
- Le Tsar - Le Cycle des Portes de la Mort
Je commence par Thomas Covenant, de Donaldson. Parce que je crois qu'il est peu connu. La raison en est qu'il a souffert à l'époque d'une traduction réputée calamiteuse (je ne l'ai pas lue) et charcutée. Il a été réédité récemment en texte intégral et dans une nouvelle traduction (que je n'ai pas lue non plus). Et il est en poche.
Tiens, la couverture : sinon ça ferait un billet sans image.

J'ai lu ça l'année du BAC - le premier trimestre, heureusement, je ne vous dirai pas en quelle année - et en anglais. Mon premier livre en anglais d'ailleurs. A l'époque mon anglais était plus que moyen (j'ai eu 9 au bac, d'ailleurs) et il m'a fallu trois mois pour terminer les trois gros tomes sans jamais ouvrir un dictionnaire (pas la patience). D'ailleurs je n'ai pas tout compris à l'époque. Mais je l'ai relu bien après.
Et la photo des livres que j'ai lus (piquée sur le net), bien plus évocateurs.

Une trilogie, donc. Traditionnel pour de la fantasy. Et qui à première vue est très tolkienienne. Le monde libre est menacé par lord Foul, le seigneur du mal local. Au premier rang des défenseurs, un collège de bons magiciens qui ne sont malheureusement que l'ombre de ce qu'ils étaient dans le passé. La cause semble perdue.
L'univers : on est plus dans la fantasy magique et "morale" à la Tolkien que dans la sword and sorcery à la Howard où on découpe des ennemis en rondelle. Je crois qu'on dit "High Fantasy". Le monde - the Land - est magique, éthique et vivant, et peuplé de gens aux hautes vertus morales. Je ne vous dévoilerai pas tout ici mais il y en a une liste longue comme ça, et ce ne sont pas des elfes, nains et orcs. Que des créations originales et "intéressantes". Le monde est passionnant à découvrir, ainsi que son histoire. C'est un univers complet et vous pouvez toujours vous reporter à la page qui lui est consacrée (en anglais) sur wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/The_Land_(fiction). Une création majeure par elle même, mais ce n'est pas tout, car...
...et Thomas Covenant dans tout ça ? C'est le "héros" de cette histoire. En même temps le pire des anti-héros qu'on puisse imaginer. Et il rend cette histoire encore plus intéressante et ambitieuse. Thomas Covenant est un écrivain de notre monde qui a écrit un ou deux romans à succès. Et puis tout bascule. Il contracte la lèpre.
Il perd deux doigts, et toute sensibilité dans ses extrêmités. Tout le monde l'évite. Ses concitoyens essaient de lui faire quitter la ville. Sa femme le quitte avec leur jeune fils. Pour survivre, aussi bien physiquement que mentalement, il est obligé de se durcir, de se forger une mentalité de survivant. Aucune pesrpective de guérison.
Et il se retrouve projeté dans cet univers... qui le guérit. Et il est sensé être le héros détenteur d'un pouvoir immense qui doit sauver tout le monde (qu'il ne sait pas utiliser). Et là il n'y croit pas. Il refuse d'y croire. La guérison est impossible. Cet univers doit être un fantasme. S'il se met à se comporter comme un homme guéri, combien de temps pourra-t-il survivre de retour dans la réalité ? D'où le titre complet : les Chroniques de Thomas Covenant l'Incrédule.
Du coup il se comporte dans cet univers d'une manière assez détestable. Un peu comme l'archétype du touriste détestable convaincu que sa culture est supérieure à tout ce qu'il rencontre. D'ailleurs tout ce qu'il rencontre est sensé être une création de son esprit. Peut-on imaginer une pire manière d'appréhender quelque-chose. Pire, il va commettre un crime abject. Thomas Covenant est sans doute l'anti héros le plus frustrant et le plus irritant que j'ai jamais lu. On est loin des héros vengeurs de la fantasy du stade anal.
Bref, une mise en abyme passionnante entre la psychologie du héros et l'univers dans lequel il évolue. Plus un univers original. Je ne vous raconterai pas comment tout ça évolue, mais pour moi c'est une "oeuvre majeure" de la fantasy, ce qui ne veut pas dire grand chose d'ailleurs.
Donaldson a publié une deuxième trilogie, que j'ai lue, et qui n'est pas spécialement indispensable. Et apparemment il a même ajouté quelques tomes récemment, que je n'ai pas lus.
Il a aussi commis Mordant : le miroir de ses rêves, etc., qui est une histoire de fantasy moins ambitieuse et plus conventionnellle. J'ai bien aimé.
J'ai aussi essayé de lire le Cycle de Gap, qui est un space opera touffu inspiré du Ring de Wagner (je suis fan de Wagner, désolé) mais j'ai renoncé avant la fin.
12 juin 2009
Kane
Comme le dernier billet a généré beaucoup de commentaires, et que le signal figurinistique est plat de ce côté ci de l'interface, j'envisage de transformer ce blog en café littéraire de gare.
Donc je viens de finir le tome 1 de l'intégrale de Kane, de Karl Edward Wagner. Premier de trois qui vient de sortir chez Denoël.

L'intégrale est annoncée avec en tout trois romans, quinze nouvelles et deux poèmes. Ici on a deux romans : La Pierre de Sang (Bloodstone) et la Croisade des Ténèbres (Drak Crusade).
Ca date des années 70-80, mais ça m'avait échappé à l'époque (sans doute pas encore traduit).
Bon, c'est de la bonne vieille fantasy primaire. L'univers ne vous fera pas suffoquer par son originalité. Il y a beaucoup d'action, de sang, de batailles. Kane est un héros désabusé qui fait penser à Conan par certains côtés, et pas du tout par d'autres. C'est une sorte de mortel immortel taciturne en quête de distractions. Sa caractéristique la plus frappante après deux romans est d'être toujours dans le "mauvais camp".
Le truc est suffisamment original, bien charpenté, rapide et bien écrit (et traduit) pour se laisser lire avec un certain plaisir, et finir. Même si je n'irai pas jusqu'à lire les deux tomes suivants.
(à ne pas confondre avec Solomon Kane le Puritain en Afrique, de Robert Howard)
Tiens que diriez-vous de billets décrivant nos cycles de fantasy préférés ? Une sorte de défi blogofantasyque ?
08 juin 2009
Le Nomade du Temps, Moorcock
J'ai lu un nombre incalculable de Moorcock depuis l'adolescence. Mais sa production est abondante. Donc trois de plus d'un seul coup.

Ici, un recueil qui regroupe trois romans : Le Seigneur des Airs, Le Léviathan des Terres et le Tsar d'Acier. Il s'agit des aventures d'Oswald Bastable, jeune officier de l'armée coloniale britannique qui, parti de 1902, explore trois vingtièmes siècles possibles à trois époques différentes.
Je passerai sur le côté « multivers » qui ne m'a jamais vraiment fait ni chaud ni froid. Les trois romans sont tous des uchronies, consacrés à des guerres. C'est l'occasion de présenter des personnages historiques dans des emplois alternatifs. Les amateurs de Guerre Civile Russe seront comblés puisque on y retrouve kerensky, Lénine, Trotsky, Staline et Makhno. C'est aussi l'occasion pour Moorcock de parler d'impérialisme, de socialisme, de racisme, de totalitarisme. Les romans ont été écrits dans les années 70.
Les trois parlent de guerre et décrivent des batailles. Et ces guerres se font avec tout un arsenal VSF : dirigeables géants (un peu l'emblême de ce livre), cuirassés terrestres, etc. En fait ces livres semblent un hommage à la science-fiction victorienne, non pas le genre steampunk qui a été inventé après l'écriture de ces livres, mais les ouvrages d'anticipation du début du siècle qui parlaient de la guerre du futur..
En bref, livres d'aventure et de guerre VSF qui se promènent dans le multivers, uchronies qui abordent des sujets politiques.
Ca ne m'a pas trop passionné, mais je les ai quand même terminés... en lecture rapide. Je deviens de plus en plus difficile.
Avant de terminer, au cas où ça intéresserait quelqu'un voici mes trois oeuvres préférées de Moorcock.
Elric le Nécromancien d'abord. Je ne parle pas des séquelles, jeunesses, multiversellisations et autres réécritures de romans, mais des quatre recueils initiaux, qui commencent avec le sac de la cité des Ménilbonéens et se terminent avec la fin du monde. J'ai lu ça il y a vingt cinq ans et je ne sais pas si ça me ferait la même impression si je le lisais pour la première fois aujourd'hui.
Les légendes de la fin des temps ensuite, lues il y a moins longtemps. Une série touchante sur les habitants d'un avenir très lointain et qui s'ennuient.
Enfin, lu tout récemment, Gloriana, brillante fable, uchronique si on veut, qui m'a régalé.
24 mars 2009
Le Grand Jeu

Je viens de finir de lire un cadeau de Mr Stéphane Green (que je remercie)
Le Grand Jeu c'est la rivalité qui oppose la Russie et l'Angleterre en Asie Centrale au XIXème siècle. Une sorte de guerre froide où la propagande bat son plein mais où on n'affronte pas l'adversaire directement (même pendant la guerre de Crimée les choses sont restées calmes dans la région). Les Anglais sont en Inde. Les Russes dans le Caucase et la région d'Orenbourg d'où ils s'étendront vers le sud dans les années 70. Entre deux des états tampons : Iran, Afghanistan, Tibet. Les deux adversaires supposent des volontés de conquête imaginaires de l'adversaire. On envoie beaucoup d'espions, souvent déguisés, personnage hors du commun qui à leur retour deviennent célèbres en écrivant le récit de leurs aventures. Souvent les commandants de la frontière sont beaucoup plus belliqueux que les chancelleries et les états-majors et lancent des opérations spontanées. Un peu comme en Afrique à la même époque.
Le Grand Jeu c'est le Back of Beyond au XIXème siècle. Et si vous ne savez pas ce que c'est le Back of Beyond c'est que vous n'avez pas vu le dernier VV Thématique !
Le bouquin est collectif, mais ne souffre pas trop de cet état. Le coeur intéressant décrivant le Grand Jeu fait 80 pages. C'est écrit par un Russe, qui expose un point de vue bilatéral. Ca change un peu de Hopkirk qui souffre de voir les choses d'un seul côté (et qui n'est plus trop en odeur de sainteté ici depuis que je l'ai surpris à répéter bêtement la propagande sur mon ami le baron Ungern). C'est émaillé de biographies des personnages extraordinaires de ce temps, tant Russes qu'Anglais qu' "indigènes". Avant ça il y a un long rappel de l'histoire de l'Asie Centrale des origines à nos jours, qui n'apprendra pas grand chose à qui a lu Chaliand, et embrouillera sans doute ceux qui n'y connaissent rien. Après il y a des considérations intéressantes sur la géopolitique contemporaine de l'Asie Centrale et la "reprise" du grand jeu dans les années 2002 (ça se passe encore et toujours en Afghanistan). Et on finit par un panorama du Grand Jeu dans la littérature, la peinture, le cinéma (rappel : c'est un certain Kipling qui a inventé le terme de Grand Jeu).
Le bouquin place les débuts du Grand Jeu aux projets de... Bonaparte. Ca pourrait faire un chouette sujet de scénario qu'une armée de grognards en casque à chenille et de cosaques affrontant des Turkmènes, en route pour l'Inde où les attend un certain Wellesley. Et la fin à la guerre russo-japonaise de 1905.
Bref un bon bouquin pour qui s'intéresse aux théâtres exotiques et un bon point de départ sur le sujet. Pas de détail militaire pour le wargameur par contre.
Un seul regret : ils ne mentionnent pas le Barylistan.
Qui fait des figs pour ça ? Des Russes notamment ?
Addendum :
Cinq minutes de recherche sur le net sur les artites cités dans le bouquin.
http://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Wassilij_Wassiljewitsch_Wereschtschagin
http://commons.wikimedia.org/wiki/%D0%A1%D0%B5%D1%80%D0%B3%D0%B5%D0%B9_%D0%9C%D0%B8%D1%85%D0%B0%D0%B9%D0%BB%D0%BE%D0%B2%D0%B8%D1%87_%D0%9F%D1%80%D0%BE%D0%BA%D1%83%D0%B4%D0%B8%D0%BD-%D0%93%D0%BE%D1%80%D1%81%D0%BA%D0%B8%D0%B9
http://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Elizabeth_Thompson
11 mars 2009
La Serbie et la guerre des bugs
Ces temps-ci je suis aussi productif en lecture qu'en peinture. J'ai quand même terminé ceci.

Cette bonne vieille collection 14-18...
Par contre, là où le bouquin sur l'Italie m'avait plutôt emballé, celui sur la Serbie m'a laissé sur ma faim. J'ai eu du mal à le finir. L'auteur ne s'intéresse manifestement pas du tout à la chose militaire, mais beaucoup par contre au jeu géo-politique.
Après avoir été mêlée au déclenchement de la guerre, la Serbie (et le Monténégro) entre en guerre dès 1914. Elle tient bon jusqu'à la fin de 1915 avec l'entrée en guerre de la Bulgarie. Le pays est occupé et subit une occupation très dure. L'armée et le gouvernement retraitent en plein hiver à travers les montagnes jusqu'aux ports de l'Albanie où ils sont embarqués à Corfou. Après un temps de récupération, l'amée serbe rejoint l'armée d'Orient basée en Grèce et prend un rôle clef dans la reconquête du pays en 1918.
Si les détails militaires sont terriblment rares, le jeu politique des Serbes est très bien analysé. Rivalités internes, négociations avec les puissances de l'Entente (et rivalité très forte avec l'Italie), rivalité avec le conseil yougoslave. La Serbie finit par rafler le morceau à la fin de la guerre (dans une situation chaotique post guerre qu'ai presque plus envie de découvrir que la guerre elle-même maintenant) et rester en position dominante dans l'état des Serbes, Croates et Slovènes.
Mais bon, je ne le recommande pas au wargameur.
J'ai lu ça aussi. Depuis le temps que j'en avais envie.

Décrié comme fasciste en France notamment (la SF française , surtout dans les années 70 était TRES à gauche. Par contre j'ai lu il y a très longtemps (j'étais très jeune) Révolte sur la Lune, du même auteur, qui décrit une révolution anarchiste.
C'est un ouvrage fondateur de la SF à thème militaire, et partant, des jeux de figs de SF. On y décrit notamment des powersuits, les premières armures motorisées qui sont devenues banales chez les figs.
Il y a eu le film du même nom, qui me fait l'impression d'une grosse blague de potache (comme la plupart des films de Verhoeven). Il y avait à l'époque des réactions comiques des fans de Starship Troopers (nombreux chez les Américains) qui se plaignaient sur TMP que l'adaptation était ratée, sans vraiment se rendre compte qu'on se foutait d'eux ouvertement et que le cinéaste devait abhorrer le livre. Rien à voir entre les deux. Presque tout est opposé entre le livre et le film. Mais si le film manque cruellement de finesse, il a au moins beaucoup d'humour.
Le livre raconte les classes d'un soldat dénommé Rico, qui fait son service militaire pour acquérir le droit de vote. C'est truffé de considérations politico-philosophiques de l'auteur, plus ou moins convaincantes, sur des pages et des pages, sous forme de leçons que Rico reçoit d'un professeur/instructeur/supérieur invariablement très sage. Je laisse chacun se faire une opinion là dessus, mais globalement le livre m'a gonflé et j'ai sauté de plus en plus de pages. Ca sent bon la guerre froide, c'est longuet et lourdingue.En un mot, c'est chiant. J'arrête de lire la SF de l'époque. Ca vieillit mal et il y a tellement de bons auteurs de nos jours.
Pour les amateurs de scènes épiques, il y a juste une scène de combat au début et une opération à la fin. Passez votre chemin.
22 janvier 2009
1491, fantasy, SF et APO
Ca faisait longtemps que je n'avais pas parlé bouquins. Impressions.

L'auteur est journaliste. Un touche à tout avec un grand intérêt sur le sujet et le détachement nécessaire pour une approche interdisciplinaire. Il aborde divers sujets, dans un ordre souvent difficile à suivre. Sur toutes ces choses il expose l'évolution des idées, les conceptions actuelles, le hypothèses et les désaccords. Quand il prend partie il le dit clairement. Le livre n'est ni un livre partisan pro indien ni un livre partisan pro écologiste (qu'il adore démonter).
C'est construit comme une sorte de promenade un peu désordonnée, tantôt exposant l'histoire de peuples, tantôt celle de conceptions et de découvertes archéologiques, passant des Andes au Mississipi avant de revenir au Mexique et d'aller en Bolivie. C'est un livre révolutionnaire, mais sans révélation sensationnelle. C'est juste l'exposition de découvertes récentes et moins récentes, multi disciplinaire (je l'ai déjà dit), et tout ça ensemble brosse un tableau qui donne de gros coups de pieds dans nos idées.
L'idée forte qui se dégage du livre – mais ça parle de bien plus que ça - c'est celle d'un continent beaucoup plus peuplé qu'on ne se l'imagine, très riche et très divers, et transformant son milieu. Les épidémies ravageront le continent, souvent même avant même que n'apparaisse le premier Européen. Le continent sauvage ouvert à l'exploration est un accident de l'histoire, et des certitudes, comme celle de la virginité de la forêt vierge s'écroulent soudain.
Les sujets abordés sont très divers, en vrac, des problèmes écologiques aux querelles d'universitaires bornés, de l'origine du maïs à l'invention du zéro, du développement des Mexicas aux troupeaux de bisons, du déclin des Mayas à la constitution américaine, de l'écriture à noeuds des Incas à Thanksgiving, etc., etc.
C'est un ouvrage très accessible aussi, et c'est aussi passionnant qu'un roman. Bref, j'ai aimé.
Pendant que j'y suis, et comme j'ai déjà parlé de fantasy ici, ce roman.

J'avais découvert Jarry dans Le loup de Deb et ses suites, que j'avais particulièrement aimés. La Citadelle des Cendres est un peu moins personnel. C'est très intéressant. Ce n'est pas l'histoire d'un ptit gars de la campagne promis à un grand destin (ouf). Et il met autant de matière ici qu'un (feu) Jordan en aurait délayé dans douze pavés.
De la bonne fantasy à la française, qui dépote et qui passionne.
Et puis tant qu'on y est.

De la SF cette fois (voire du fantastique). Des nouvelles. C'est très intelligent, très bien écrit. Bref de la SF excellente come on en écrit aujourd'hui, qui n'a rien à envier la littérature dite générale. Peut-être que le jour où on se décidera enfin à mettre les asimoveries dans un musée on mesurera un peu mieux la qualité et l'intérêt des productions contemporaines.
Sinon, reprenons le logo de Dragon Tigre (que vous n'avez pas fini de voir).

Les deux figurines du soir :

La figurne de droite est un Scrooge offert en cadeau d'abonnement de Wargames Illustrated je crois bien. Je l'avais sous-couché en gris cet été pour des expériences. J'en ai bavé à la peinture. Je pense que je vais sur-sous-coucher en noir tout ce que j'avais préparé en gris.
A gauche, une figurine western Dixon.
J'ai aussi mis en chantier les 18 Perry restant. Dégrappage, ébarbage sommaire et collage. Cette fois je chronomètre : 23 minutes pour la préparation. Pas de sous-couche.

Et puis lavage de figurines pour une séance de peinture au club vendredi soir. Je vais sous-coucher les chevaux en... gris.

18 novembre 2008
L'italie en Guerre, 1915-1918
Poursuite de lecture d'ouvrages sur la Grande Guerre. Ici, on parle de l'Italie.

Le livre commence par un récit événementiel de l'entrée en guerre de l'Italie (en remontant au Risorgimento pour mieux expliquer ses hésitations et son retournement d'alliance de 1915). Après une entrée en guerre au printemps 1915, l'Italie ouvre un front difficile contre l'Autriche-Hongrie. Une douzaine d'offensives aussi meurtrières que peu fructueuses ponctuent les deux premières années et demi de guerre, jusqu'à la catastrophe de Caporetto en octobre 1917, où les Austro-Hongrois aidés de plusieurs divisions allemandes enfoncent le front. Les Italiens réussissent à rétablir une ligne de défense très loin de là sur le Piave, où ils résisteront aux assauts de 1918 pour une contre attaque et la victoire de Vittorio Veneto en octobre qui rachète tout et pousse une Autriche-Hongrie en cours de désintégration à la capitulation. L'Italie suit un peu le même chemin, doutes et transformations que la France, je trouve.
Des chapitres dédiés abordent les troupes spéciales : bersaglieri, alpini et arditi et les troupes italiennes à l'étranger, notamment en France, puis les problématiques de la guerre aérienne, de la guerre navale dans l'Adriatique, de la propagande, et du traité de Versailles, où la non prise en compte des promesses faites à l'Italie au moment de son entrée en guerre la propulseront dans le camp des mécontents pour le résultat que l'on connaît.
Mention spéciale pour la description de la guerre en montagne, généralement ignorée dans la vision que l'on a de la guerre des tranchées. La plus grande partie du front se trouvait en haute montagne, d'où une guerre terrible et sans pitié dans des conditions extrêmement dures, où faire s'écrouler le sommet des montagnes sur l'ennemi devient un moyen comme un autre de le combattre. Les célèbres vie ferrate des Dolomites comme voies stratégiques
Un bon bouquin, peut-être parfois un peu complaisant.
15 novembre 2008
Stratégie et Grande Guerre
La Première Guerre Mondiale est à la mode chez les figurinistes en ce moment. The Great War de WH Historical a provoqué le déclic. Tout un tas de fabricants se mettent à proposer des gammes de figurines qui sortent des tranchées battues du front français... en 25mm.
Voici deux nouveaux livres que j'ai lus tout récemment, terminés le onze novembre, sans que ce soit autre chose qu'une coïncidence. Ils ont tous les deux le même sujet ou presque, mais diffèrent beaucoup.


Si vous cherchez un récit de la première guerre mondiale, ces livres ne sont pas pour vous. Je vous conseillerais plutôt le Keegan par exemple.
Le premier est une sorte de journal année après année et puissance après puissance de la grande guerre du point de vue des erreurs stratégiques. Déjà le titre est un peu trop accrocheur à mon goût : ils n'ont pas commis que des erreurs ! Ce n'est pas forcément toujours très positif. Il n'aime pas Foch, par exemple, et consacre toute une annexe bien vacharde à ce « désamour ». Ses conclusions, et sa manière de désigner un responsable au conflit, en conclusion du livre, est pour le moins « surprenante », et gratuite...
Même si le premier est loin d'être inintéressant, j'ai préféré le second, parce qu'il analyse réellement ce qui s'est passé, chiffres à l'appui, et pays par pays. Il met en lumière la situation des puissances présentes au début du conflit : France, Russie, Angleterre, Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie (mais pas la Turquie, damned !). Rien que le fait de voir parler réellement de l'Autriche-Hongrie est une heureuse et rare surprise. Les chiffres sont analysés, les différences expliquées. Un ouvrage très éclairant et convaincant et une vraie analyse stratégique globale de la guerre du point de vue de la gestion des effectifs, des pertes et des réserves, et du consentement de la population, qui ont été les éléments déterminants selon lui. Et il m'a convaincu.
Ils sont parfois d'accord, parfois contradictoires, ce qui est toujours bon signe. Par exemple, le premier croit qu'une décision était possible sur le Front Ouest en 14. Le second pense que c'était structurellement impossible.
Le psilète vous recommande... le second. Même s'il est parfois difficile de déterminer si un livre vous plaît parce qu'il est convaincant ou parce que vous êtes en phase avec la vision des faits qu'il professe.
Le premier a en revanche une bonne analyse sur le pourquoi les militaires sont toujours en retard de plusieurs guerres, qui n'est pas sans implication sur les wargameurs. Ca pourrait même figurer dans un manifeste de l'interrégolistique.
Bon maintenant il faut que je trouve un bouquin sur l'Allemagne et l'armée allemande en 1918.
14 novembre 2008
Pulpirisation
Un peu de rattrapage de lecture, car si je peins peu, mon rythme de lecture est plutôt au beau fixe. J'ai lu il y a environ trois semaines une petite série de livres pulpesques.

D'abord Gustave Le Rouge et le tout début de la série du mystérieux docteur Cornelius. Le premier tome de ces aventures qui se passent au début du siècle. Il y a des criminels, des savants avec des inventions futuristes et un jeune héros ingénieur, mais le vrai personnage principal est « vil et haîssable ». Ca se passe aux Etats-Unis et en Bretagne. Le savant machiavélique (Cornelius) est à peine esquissé. En fait il apparaît à peine dans ce roman. Peut-être que son rôle n'était pas prévu au départ ? En tout cas ce livre a encore un petit côté cucul my precious du 19ème. Bref, sur ma faim pour ce premier tome. A poursuivre... ou pas. Sans doute à essayer de poursuivre à cause des éloges pour Le Rouge qu'on peut lire ici ou là.

Ensuite, un doc Savage qui m'a attiré parce qu'il y a un bon gros tyranno sur la couverture (on ne résiste pas à Hector le Tyrannosaure) et qui se passe donc dans un monde perdu, et aussi, curieusement, dans un bateau pirate. On est dans l'essence du Pulp tel qu'on le voit dans les figurines, avec un nombre d'éléments pulpiques classiques impressionnant. Par contre, niveau roman, rien de bien enthousiasmant. L'homme de bronze n'a pas de faiblesse, par de peurs, pas de désirs. Il est parfait et par conséquent inintéressant à la perfection. Il est tout juste vaguement ridicule par moments quand il se met à pépier comme un canari.
Ses acolytes manquent aussi totalement d'épaisseur, ayant chacun trois caractéristiques en tout et pour tout: une spécialité scientifique (qui finalement ne sert pas souvent), une caractéristique physique (grand, maigre, court, long, carré), et un trait de caractère. Bref autant de profondeur que dans une série télé.

Un Tarzan ensuite. Tarzan retourne en Afrique (à la nage !) où il découvre une mystérieuse cité d'or peuplée d'hommes singes et d'une magnifique prêtresse. Malgré un résumé prometteur le livre est un peu superficiel, et ce qui m'a surtout choqué, c'est l'absence d'assises réelles du livre, l'Afrique évoquée ici, en dehors de fantasmes sur les cannibales et les bêtes sauvages, n'a pas plus de réalité que Pellucidar ou Mars. Bref pas très passionnant mais distrayant. J'ai pourtant un bon souvenir de Pellucidar et du premier tome de Tarzan, mais c'était il y a longtemps. (D'ailleurs ça me revient maintenant : Tarzan figure dans un des tomes de Pellucidar).
Tarzan en homme du monde sophistiqué et intelligent, enclin à revenir à une sauvagerie irraisonnée, a été traité injustement par le cinéma, comme Conan.

Car pour me rattraper des mauvaises impressions ci-dessus, j'ai relu un Conan « de ma jeunesse », Conan le Guerrier, un vieux livre de poche collection Titres/SF, qui après vingt ans et plus fleure bon l'odeur de renfermé du papier jauni à gros grain, bref un livre étymologiquement pulpique. C'est finalement de très très loin le livre le plus intéressant du lot, et j'ai dévoré les trois nouvelles avec plaisir. Conan a de l'épaisseur et Howard le sens du récit. Ca fait aussi du bien de retrouver le vrai Conan et pas le lourdaud grotesque du cinéma.
En le lisant, j'ai aussi été surpris des scènes érotiques qui émaillent le texte (et par contraste avec Doc Savage ou Tarzan qui n'ont pas de sexualité). Transcrites à l'écran, des scènes comme celle de la flagellation de la servante nue (avec une phrase comme celle-là, google va bien m'envoyer une vingtaine de visiteurs) feraient tomber un film dans la catégorie nanarérotique, comme la fameuse Barbarian Queen, reine des barbares.
Et pourtant à l'époque, pour une histoire de Conan, on mettait ça comme couverture :

De nos jours on préfère mettre un dessin de culturiste en slip en fourrure. A chaque époque ses fantasmes...

Excellente transition pour revenir aux deux héros précédents, Tarzan et Doc Savage et parler d'un livre d'un de mes auteurs de SF favoris, Philip Jose Farmer, qui a écrit une histoire racontant la rencontre entre Tarzan et Doc Savage, et qui s'intéresse notamment à leur sexualité. C'est, sous forme d'hommage irrévérencieux, surprenant, paillard et réjouissant. Hautement recommandé par le psilète mais à réserver à un public "averti". J'ignore si les autres "Tarzan" de Farmer sont du même acabit.
Désolé pour le dérapage de ce billet, mais dans le Pulp tout est permis !