02 novembre 2009
Ungernmania 2 : les Tchécoslovaques

Origine de la légion tchécoslovaque
Les Tchèques et les Slovaques font partie de l'empire austro-hongrois, ennemis de la Russie pendant la Grande Guerre. Ils combattent donc dans l'armée austro-hongroise. Mais cet empire est en voie de décomposition, et un gouvernement tchécoslovaque en exil se forme à Londres (Masaryk), militant pour la création d'un état indépendant après la guerre (en cas de victoire de l'Entente), et proposant une aide armée en échange. La pénurie d'hommes étant une des grandes problématiques de la guerre, des unités composées de « prisonniers de guerre » tchèques et slovaques sont bientôt formées. Ils seront présents en petit nombre en France, mais très nombreux en Russie. Prisonniers de guerre ou déserteurs ? Un peu les deux. Les Autrichiens et Hongrois sont les maîtres haïs, tandis que les Russes sont les cousins slaves. De plus les Russes ont réussi de belles offensives militaires contre les Austro-Hongrois, avec de nombreux prisonniers à la clef. Tous les légionnaires seront des volontaires.
La légion atteindra sa force maximale, presque 70000 hommes en Russie fin 1917. Armée sans état, elle est placée sous commandement français. Les français ont d'ailleurs financé la formation de la légion.
La légion en mai 1918
En mai 1918, la Légion se trouve dans la région de la Volga supérieure, dans l'est de la Russie européenne. Auparavant, elle a participé à la guerre aux côtés des Russes, pris part à l'offensive Kerenski en 1917, lutté contre l'offensive allemande qui précipite le traité de Brest-Litovsk en février 1918. C'est pratiquement la dernière force ayant conservé sa cohésion.
A présent que la Russie s'est officiellement retirée de la guerre, l'effort allemand est entièrement concentré sur le front ouest, qui vit les heures les plus noires de la guerre. Paris est menacé. Après des atermoiements entre les alliés (Londres voulant envoyer la Légion réouvrir le front est dans le nord de la Russie, Paris voulant les amener en France), on décide finalement de les envoyer combattre en France.
Le chemin de la Mer Noire est bloqué par les Ottomans (l'épine dans le pied de l'Entente, qui précipita a chute de la Russie), le passage par les ports du nord est jugé peu sûr. Le chemin le plus direct est donc de traverser toute la Sibérie, et d'embarquer à Vladivostok, traverser le Pacifique, puis les Etats-Unis, puis l'Atlantique, pour la France(avec des variantes par le Canada et Panama). En résumé, un tour du monde. La première partie du voyage doit obligatoirement se faire par le Transsibérien. Les premières unités arrivent à Vladivostok fin avril 1918, tandis que le gros de l'armée est encore en Russie d'Europe.
Or les Tchécosclovaques se dirigeant vers l'est croisent des prisonniers de guerre allemands, autrichiens et hongrois, libérés suite au traité de Brest-Litovsk et rejoignant leur pays pour participer eux aussi à la guerre... mais dans l'autre camp. La situation est explosive. Une rixe à la gare de Tchéliabinsk dégénère. Trotski ordonne le désarmement de la Légion, peut-être sous la pression des Allemands. Les Tchécosclovaques ne l'entendent pas de cette oreille et entrent en « révolte ». N'obéissant plus à personne ils entreprennent de se frayer de force un chemin vers Vladivostok.

les metallos de l'Oural - des socialistes dans les forces blanches, aux couleurs de la Sibérie
La révolte des Tchécoslovaques
La Russie est alors un vaste chaos. L'armée tsariste n'existe plus. L'opposition blanche en est encore à ses balbutiements. L'armée rouge est embryonnaire. On imagine ce que peut faire une force de 60 000 vétérans, armés, décidés et motivés.
En Russie d'Europe, sur la moyenne Volga, les Tchécoslovaques affrontent les Bolchéviques et les battent. A Kazan, ils mettent la main sur la réserve d'or du pays, que les Bolchéviques avaient éloignée vers l'est par crainte d'une offensive austro-allemande. Dommage. Ce sera l' "Or de Koltchak", objet de bien des légendes.
En Sibérie, la légion est déjà dispersée sur toute la longueur du Transsibérien. Elle en prend le contrôle, faisant la jonction entre les différents groupes, prenant gare après gare. Sur le chemin, elle combat les forces bolchéviques, les gardes rouges, dont la réaction se limite souvent à vider les coffres des banques et à s'enfuir. Au sud du lac Baïkal des combats féroces ont lieu pour prendre les tunnels ferroviaires. Sur le lac lui-même des brise-glaces sont armés et combattent.
Leur tâche est facilitée par le fait que les forces rouges de Sibérie sont concentrées. Il n'y aurait pas moins de 27000 hommes faisant face à Semenov en Transbaïkalie.
A l'ouest, les Tchécoslovaquse n'iront pas jusque Moscou. La Guerre Civile Russe ne fait que commencer. Ce sont les Tchécoslovaques qui vont permettre aux Blancs de s'organiser. En Europe, sur la moyenne Volga, des SRs - des socialistes, donc. En Sibérie occidentale, plutôt des autonomistes sibériens. Tous ces gens formeront un directoire. Ce sera le KOMUCH. Ce mode de gouvernement ayant montré ses limites, Koltchak, arrivé entre temps, sera mis au pouvoir en novembre. Pour ne parler que du front de l'Oural.
Ce sont les Tchécoslovaques également qui donnent à l'Entente l'excuse pour débarquer à Vladivostok. Pendant un temps, elle compte même se servir d'eux pour rouvrir le front est, les Bolchéviques étant considérés comme des alliés des Allemands.
Très vite les Tchécoslovaques cesseront d'avoir un rôle actif. Ils demeureront en garnison le long du transsibérien à l'ouest du lac Baïkal, gardant la voie ferrée contre les partisans et garantissant le traffic. La Grande Guerre s'achève en novembre 1918 et l'indépendance de la Tchécoslovaquie est acquise dès octobre. Leur intérêt dans le conflit faiblit donc fortement. Ils n'aiment guère Koltchak, dont ils ne partagent pas les orientations politiques, et il semble qu'il y ait des tiraillements entre alliés, les Tchécoslovaques étant placés sous le commandement du général Janin, français, alors que Koltchak est une créature des Anglais.
Ils restent cependant sur place jusqu'à la fin. Lors de la débâcle blanche, de l'hiver 1919-20, et de la retraite le long du Transsibérien, ils joueront une sorte de double jeu, avec une pacte de neutralité avec les Bolchéviques, qui ne tenteront jamais de les rattraper. A cette occasion, il est vraisemblable qu'ils leur aient livré Koltchak.

Les uniformes
Les Tchécoslovaques sont habillés d'uniformes tsaristes, dont ils ont retiré les épaulettes, en même temps que toute l'armée russe après la révolution de février. La Légion Tchécoslovaque est en fait plutôt socialiste dans l'âme, et on peut les soupçonner d'avoir eu plus de sympathie pour Lénine que pour Koltchak, ce qui explique beaucoup de choses. Ils portent un ruban blanc et rouge – les couleurs nationales - oblique sur l'insigne de la casquette, qu'on peut retrouver aussi sous forme de chevron sur le biceps gauche.
Quand leur état sera créé, l'armée tchécosclovaque recevra un uniforme national distinctif, mais s'il a réussi à atteindre la Sibérie, ça ne peut pas être en grande quantité.
Une des caractéristiques des Tchécoslovaques est que, ayant mis la main sur beaucoup de matériel ferroviaire, ils se dotent de nombreux trains blindés.
Quelques ouvrages
Un acte d'amour (the people's act of love), de James Meek
Ce roman se déroule dans une petite ville de Sibérie qui héberge une garnison tchécoslovaque alors que les Bolchéviques s'approchent. J'ai beaucoup aimé.
Amiral, d'Andreï Kravtchuk
Ce film de 2008 est une caricature partisane et grossissante de la vie de Koltchak, héros romantique, et qui prouve qu'on sait faire des films aussi cons en Russie aujourd'hui qu'à l'époque soviétique (il suffit d"inverser la polarité). Vaut le coup cependant pour les quelques scène de bataille.
Remembering a forgotten war - Civil War in Eastern European Russia and Siberia, 1918-1920, de Serge P. Petroff
Un bon livre sur la guerre du front de l'Oural, qui explique bien le cheminement du front est, d'un point de vue militaire et politique. Les évènements de l'Extrême-Orient sont lointains mais leur impact est bien analysé.
Commentaires
Trés interessant!
T'es en train de nous motiver pour Colomiers 2011. La RCW fait partie de nos projets mais on voudrait faire autre chose que les "traditionnels" régiments colorés du front sud.
Oui, je pense que cela pourrait faire une bien jolie table de jeu. Mais j'attends la suite avec impatience.
En tout cas, c'est vrai que ces événements sont propice à pas mal de scénarios tout court (jeu, cinoche, BD, livres ...)
Un vrai bordel! Passionnant.
Stéphane
La guerre civile russe, c'est un million de trucs différents possibles sans forcément avoir à faire l'armée des volontaires.
Les Français à Odessa, par exemple, un autre truc qui me brancherait (peut-être un jour).
Bravo pour l'article que j'ai dévoré... du coup, j'ai fait marcher mon wikipédia pour en savoir plus et je viens de commander le roman de James Meek "Un acte d'amour" qui met en scène la légion tchèque. L'as-tu lu ?
Des ouvrages à conseiller sur le sujet ?
ça donne évidemment envie de relire Corto Maltese.
Quel est ton projet ludique ?
Bravo pour l'article que j'ai dévoré... du coup, j'ai fait marcher mon wikipédia pour en savoir plus et je viens de commander le roman de James Meek "Un acte d'amour" qui met en scène la légion tchèque. L'as-tu lu ?
Des ouvrages à conseiller sur le sujet ?
ça donne évidemment envie de relire Corto Maltese.
Quel est ton projet ludique ?
Pour le projet, voir le billet précédent sur le sujet :) Je n'ai plus de projet précis, mais j'ai 4 boites de figurines (5 ou 6 avec les Chinois) et un train :)
Oui, j'ai lu un acte d'amour : the people's act of love et j'ai bien aimé. Tiens, il faut que je le mette dans le billet.
Voilà : je l'ai ajouté dans le billet avec un livre d'histoire et un film, tant qu'on y est.
Maintenant, destination Kharbin !
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=436629&pid=15662003
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :