Un petit billet "littéraire" pour raconter mes dernières lectures de fantasy. Trois ouvrages qui sont loin du magma insipide des séries de tomes racontant l'histoire d'un ptit gars promis à un grand destin.


Le livre de Cendres, de Mary Gentle (Book of Ash)

C'est disponible en poche en 4 tomes.

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L'édition que j'ai lue (d'occasion, plus économique, un seul bouquin mais GROS et LOURD) : à éviter de lire pour s'endormir, car gare à l'assommage quand ça vous tombe des mains.

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Un livre qui commence comme un roman historique. Ash (Cendre) est une jeune femme capitaine d'une compagnie de mercenaires dans les années 1470. Les années de Charles le téméraire, duc de Bourgogne. Le livre commence au siège de Neuss en 1475. Ash est certainement inspirée par Jeanne d'Arc, car elle entend des voix.

Très vite on s'aperçoit que l'on est en train de lire la traduction d'un manuscrit en latin médiéval car le récit est entrecoupé à intervalles réguliers par la correspondance entre le traducteur et son éditrice. Le style est sans concession sur la vie de camp d'une compagnie de gens qui ne sont pas des enfants de coeur, et qui viennent de toute l'Europe. Une immersion dans la vie de l'époque dans ses aspects triviaux.

Et puis commencent à arriver des détails bizarres. Les prêtres vêtus de vert, les Wisigoths d'Afrique du Nord. Peu à peu on bascule dans l'uchronie et on découvre un univers parallèle.

Flirtant avec le roman histrorique, la fantasy et la SF, récit en abyme sur une uchronie, et qui ménage des surprises jusqu'à la fin.

J'ai aimé le récit qui se dévoile peu à peu, la qualité de l'exercice de l'uchronie (l'auteure a une formation d'historien), le thème en général. Gros défaut cependant, c'est TRES long. Avec trop de répétissage (les détails consacrés au costume par exemple, finissent par horripiler quand ils sont répétés tout au long de 1000 pages - roman de femme :) ) S'il était moitié moins épais, je le conseillerais très fortement. En sa forme actuelle, il est un peu frustrant pour des gens peu patients comme moi. Je l'ai quand même terminé.


Le deuxième est La Horde du Contrevent, d'Alain Damasio

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Au bout d'une demi page, je me suis dit que je ne le terminerais probablement jamais. 150 pages plus tard je me suis enfin aperçu qu'elles étaient numérotées à l'envers, en forme de compte à rebours. Et, finalement scotché, je suis allé jusqu'à la page 1 en un temps record.

La Horde du Contrevent ne ressemble à pas grand chose de ce que j'ai connu. On est très loin de la fantasy classique, dont aucun des codes n'est repris. Pourtant c'est bien un univers fantastique et héroïque qui est décrit. Un univers balayé par des vents violents, qui soufflent toujours dans la même direction. La Horde, quarante-troisième du nom est formée d'une vingtaine d'individus spécialisés. Sa vocation : remonter à contre-vent depuis l'aval jusqu'à la naissance du vent, le mythique pays d'Extrême-Amont. L'oeuvre d'une vie passée à "contrer", progresser contre les vents, affronter des tempêtes et des obstacles naturels pratiquement insurmontables, déjouer les embûches semés par des opposants au projet, découvrir les formes du vent inconnu, se dépasser, aller jusqu'au bout.

Le livre est profondément original, avec un langage d'une grande inventivité, qui va de pair avec l'originalité de l'univers, poussant jusqu'au bout les variations autour du vent et du temps, et une sorte de "physique" de l'univers confinant à la magie et à la mystique.

Pour ce qui est de la structure, le livre est découpé en "monologues intérieurs" relativement courts des différents personnages, chacun précédé d'un symbole correspondant au personnage (symboles heureusement rappelés sur un marque-page bien pratique), chacun avec son style et son caractère bien reconnaisables. C'est une façon originale et riche de présenter les personnages et leurs interactions. En pratique, on se cantonne la plupart du temps à la demi-douzaine de personnages principaux. La langue est riche et créative, poétique, et chaque personnage a sa manière de s'exprimer distincte des autres.  

Je n'en dis pas plus. C'est un livre unique, addictif, qui mériterait de sortir du "ghetto" de la littérature de genre.

A noter que l'édition originale (j'ai lu l'édition poche) est accompagnée d'un CD reprsentant la "bande originale" du livre (je pense que c'est ce que l'on entend dans cette "bande annonce" du livre. Ce site consacré au bouquin présente entre autres des exemples d'écriture et de jolis dessins (cliquer sur univers).


Enfin, Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski

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C'est un recueil de nouvelles dont vous avez sans doute entendu parler chez Mr Green ou Nicofig. Désolé pour les redites.

De l'auteur, j'ai déjà lu... Te Deum pour un Massacre, jeu de rôles consacré à l'époque des guerres de religion, que j'avais lu surtout pour la description des batailles et des campagnes qui vaut largement un livre dhistoire.

Mais revenons au sujet. Les sept nouvelles sont indépendantes, liées uniquement par l'endroit où elles se déroulent, et des références à des événements communs, la même région d'un univers fantastico-médiéval à la magie "light". Elles ont toutes un style différent. Il y a notamment une histoire de fantômes, des histoires d'intrigues politiques, des combats, un conte humoristique, une vie, etc. On passe de caveaux obscurs à des villes pleines de spadassins, de palais monumentaux à des forêts hantées, de la vie villageoise aux châteaux-forts balayés par les vents.

Ecrites dans des styles différents, elles présentent une sorte d'éventail des talents de conteur de l'auteur. Et quel talent ! Certaines nouvelles m'ont fait penser à Howard dans leur efficacité (ce qui est de ma part un grand compliment). Mais ses possibilité sont en fait plus étendues que celle d'Howard. Toutes ces nouvelles, ces contes, se lisent avec un grand plaisir et un réel intérêt. C'est un grand raconteur d'histoire, le format de la nouvelle étant difficile. Et le tout est dans un style riche et élégant sans être ostentatoire.

Seul regret, de la part de quelqu'un qui aime les "grandes constructions", l'univers reste assez fade et un peu terne. C'est peut-être un effet de bord du format (nouvelles). Il est vrai qu'avec les différents aspects entrevus du culte du Desséché, par exemple, on devine une richesse et une originalité possible.

Bref, encore sous le charme, je ne vais par tarder à entamer "Gagner la Guerre" et voir comment il se débrouille avec un roman.