09 novembre 2009
Déstockage
Après les règles de jeu (il en reste), j'essaie de me débarasser de mes bouquins, en commençant par les livres de poche à thème historique.
Je préfère donner ça en mains propres sur Paris ou dans les conventions où je vais (les prochaines : vraisemblablement Vaires, Ballainvilliers, Sartrouville, Cannes). Par la poste, les frais de port seront à votre charge : pour des livres en très petit nombre, ça risque de doubler ou tripler le prix dans certains cas. Il y a de tout, des vieux et des nouveaux, certains un peu abimés. Mais tout est lisible.
Je fais tout ça à 2,50 euros pièce.
La vie des douze Césars, Suetone
Oasis interdites, Ella Maillart (back of beyond)
La saga de saint Olaf, Snorri Sturluson (Boyer, payot)Stratégie, Liddell HartDans les collines e Mandchourie, BaïkovSur le toit du monde - hors-la-loi et aventuriers au Tibet, Hopkirk
Orages d'acier, Ernst JüngerLe dimanche de Bouvines, Duby
Nlle histoire de la France médiévale : les origines franques, Stéphane Lebecq
La Mésopotamie, Georges RouxL'antiquité orientale, Pierre Amiet, Que sais-je?
Les tabous de l'histoire, Marc Ferro
Les guerres de religion, Georges Livet, Que sais-je ?
La civilisation romaine, GrimalLes empires nomades, G Chaliand
Histoire générale de l'Empire romain - 3. Le Bas-Empire (284-395) - P Petit
L'Empire immobile ou le choc des Mondes, A Peyrefitte
1492, AttaliBouddhas et rôdeurs sur la route de soie, P Hopkirk (back of beyond)
Les erreurs de la liberté dans l'Antiquité,P Grimal
Les grands batailles de Napoléon (les dossiers Historia)
Les vikings, R Boyer
Les vikings, Frédéric Durand, Que sais-je ?Voyage d'une Parisienne à Lhasa, A David-Néel (back of beyond)Courrier de Tartarie, P Fleming (back of beyond)La Chine ancienne, Jacques Gernet (Que sais-je)La mitrailleuse d'argile, Viktor Pelevine
Mémoires du comte de Forbin (1656-1733)
Guerre des Gaules, César
La plus vieille religion - En Mésopotamie, Jean BottéroLa grande révolution chinoise 1800-1989, FairbankL'art de la guerre 3 - de la 2nde guerre mondiale à la stratégie nucléaire, Emile Wanty
A short History of the world, H.G. Wells
L'inventaire du monde - géographie et politique aux origines de l'empire romain, Claude Nicolet
Le rêve mexicain, JMG Le ClézioL'art de la guerre 2 - de la guerre de Crimée à la Blitzkrieg hitlérienne, Emile Wanty
L'art de la guerre, Sun TzuLes croisades vues par les Arabes, A Maalouf
L'Islam, origine et essor du monde arabe, René Kalisky
Histoire de Rome, Indro Montanelli (rigolo)L'Europe barbare de 476 à 774, P Riché, Sedes
L'Apocalypse russe - La révolution bolchévique 1918-1921, Serge de Chessin (vieux Plon de 1921)
Une histoire des pirates, J-P Moreau
Cavalerie Rouge + journal de 1920, Isaac Babel
La violence et le sacré, R Girard
Le partage de l'Afrique, H Wesseling
Mythes sur l'origine du feu, James G Frazer
Les commandes en commentaire du message avec une adresse e-mail à laquelle vous répondrez. Merci. Premier commentaire, premier servi.
08 novembre 2009
Sprloetch mijn Keut à Crisis

Voilà. Crisis c'était hier et c'était super. Je n'ai pas eu le temps de dépouiller toutes les photos des tables de démos. Ce sera pour demain sans doute.
En attendant, vous pouvez aller voir chez PKP qui est plus en avance.
Rivière Rouge : point d'avancement 2

Point d'avancement hebdomadaire sur le projet Rivière Rouge.
J'ai lu Rouges Rivières, un roman récent d'Alain Dubos sur les événements de la Rivière Rouge, et ceux su Sakatchewan en 1885. Louis Riel est le fil conducteur du roman. Je me suis un peu ennuyé à le lire - passant en mode lecture rapide dès la page 50 - et je n'ai pas appris grand chose de plus que sur le web, mais ça met un peu de chair sur les personnages et de couleur sur les décors... un peu. Le bouquin ne colle pas à ce que j'ai pu en lire sur le web sur une foule de points. En plus de présenter les choses de manière unilatérale et passablement manichéenne.
Ce n'est pas un livre que je conseillerais en dehors de personnes ayant un intérêt préalable sur le sujet et ne sachant pas lire autre chose que des romans. Ce livre semble avoir été écrit pour illustrer pourquoi je ne lis pas de romans historiques en général : on ne sait pas distinguer ce que l'auteur a et ce qu'il a inventé/extrapolé/déplacé/simplifié, etc. Bref ce n'est pas un roman médiocre qui dépassera l'intérêt d'un bon bouquin d'histoire :)
Après cette lecture, cependant, je suis convaincu que pour les Rivières Rouges il faut deux bandes, en sus des militaires :
- les Métis
- les colons anglophones orangistes
Les Métis peuvent inclure des half-breeds (métis anglophones) qui ne leur diffèrent en rien et, d'après le bouquin, quelques Indiens Cris/Crees. Donc je vais rester dans le trip hommes des bois en cuirs + Indiens du nord. Foundry est bien pour ça.
Les Orangistes sont des hommes de la frontière classiques. Là j'hésite encore à prendre mes figurines LotOW pas trop typées ou à investir dans certains packs de swashbuckers de Foundry (cf. l'article du Tsar dans le dernier VaeVictis). L'idée c'est de bien les différencier des autres, même s'il faut pour cela exagérer certains traits.
Pour les militaires de l'expédition Wolseley, je n'ai pas avancé..
Vous pouvez maintenant aller voir chez le Tsar son avancement si ce n'est déjà fait.
Addendum post crisis
Je n'ai pas trouvé de figs Foundry à Crisis. Beeeuuu
Par contre j'ai trouvé quelqu'un qui veut peindre une bande de Féniens en vert !
Ah oui, j'ai ramené une boite d'anglais de chez Wargames Factory. Si ça ne sert pas pour la Rivière rouge, ça ira très bien pour du Drachenland. Sauf que les Brits ne sont pas dans le Drachenland. Argh !
06 novembre 2009
Ungernmania 4 : Mandchouli
Décembre 1917. La ville de Manchouli est en proie à l'agitation. Sous l'impulsion du soviet local, les forces de la milice russe sont entrés en mutinerie et ont commencé à juger leurs officiers. En dehors de la ville, l'armée chinoise gouvernementale (en fait les forces de Tchang) s'apprête à intervenir pour les désarmer, comme elle l'a fait à Harbin.
Par un coup d'audace et de bluff plus que de force, et avec l'aide d'une poignée de compagnons, un homme réussit à les désarmer et les renvoie chez eux par le premier train. Il prend le contrôle de la ville. Cet officier, c'est Semenov. Parmi ses compagnons, Ungern Sternberg.
Grigori Mikhalilovitch Semenov (aussi orthographié Semionov, Semionoff, etc.) est né en 1890 en Transbaïkalie, la province russe sibérienne située entre le lac Baïkal et la Madchourie. Son père est un paysan aisé cosaque. Sa mère est une Bouriate. Les Bouriates sont en fait les Mongols de Sibérie, comme eux nomades habitant dans des yourtes. Cette origine de Semenov aura son importance, on le verra quand on abordera le mouvement pan-mongol.

Les Cosaques ont été les artisans de la conquête de la Sibérie entre 1580 et 1640. Ils y sont implantés en communautés, ou armées, dans les différentes provinces. En échange d'une certaine autonomie et de terres, ils doivent un service militaire au Tsar et sont à la fois les forces armées locales et les gendarmes du Tsar. Ils ont une organisation interne et élisent leur ataman. Les communautés cosaques de l'Extrême-Orient sont celles de Transbaïkalie (à laquelle appartient Semenov), de l'Amour (ou pri-Amour) et de l'Oussouri, correspondant aux trois provinces.
En Sibérie, sous les Tsars, les Cosaques sont considérés comme des privilégiés, ce qui nourrit un certain ressentiment de la population (accru par le fait que la Sibérie accueille de nombreux exilés politiques et religieux, souvent ex-bagnards, et que les Cosaques représentent l'autorité du Tsar). A la révolution russe, la plupart des Cosaques sont ainsi poussés "naturellement" du côté des Blancs, d'autant que Lénine abolit leur statut spécial dès les premières semaines de la révolution.
Semenov suit une carrière militaire, comme beaucoup de Cosaques, entrant à l'école des cadets d'Orenbourg en 1908 puis prenant du service comme officier dans le premier régiment de cosaques de Transbaïkalie (des cavaliers donc). Il sert un temps dans la garde du consul à Ourga en Mongolie - passage important dont on reparlera.
Puis la Grande Guerre éclate. Semenov combat pendant toute sa durée, excellant à mener des raids montés et recevant plusieurs décorations. C'est sur le front de Galicie, dans l'armée de Wrangel (futur célèbre général blanc) qu'il se lit d'amitié avec Ungern, autre jeune officier cosaque.
En janvier 1917, il est affecté en Iran, pour couvrir la tentative du général Baratov d'établir une jonction avec les forces britanniques d'Irak. Là dessus éclate la révolution de février (en mars de notre calendrier). L'armée, déjà usée, commence à se désagréger. Une des premières mesures du gouvernement provisoire est de laisser les sodats élire leurs officiers.
On retrouve Semenov à Petrograd (ex Saint-Petersbourg), la capitale de la Russie. Fin juillet, il part pour la Transbaïkalie lever un régiment de cavaliers bouriates et mongoles. Le gouvernement provisoire, rompant avec le passé, a décidé de lever des troupes non russe ethniques et non chrétiennes.

Mais la Sibérie est en pleine effervescence révolutionnaire. L'armée s'est désintégrée et les soldats "politisés" reviennent du front avec leurs armes, mêlés à des agitateurs. Les soviets et les zemstvos, les assemblées locales, surchauffent. Tchita est un foyer d'agitation communiste. Déjà pendant les événements révolutionnaires de 1905, une "République de Tchita" avait été proclamée. Les Bolchéviques commencent à organiser des unités de gardes rouges parmi les travailleurs locaux, mineurs, cheminots et autres, et les vétérans de retour du front. Bientôt, de nombreux "internationalistes" sont incorporés : des étrangers politisés, recrutés surtout parmi les prisonniers de guerre, essentiellement allemands, hongrois et autrichiens. Il y avait en effet des camps de prisonniers dans toute la Sibérie.
Semenov poursuit ses efforts de recrutement - qui ne sont guère couronnés de succès - même après l'affaire Kornilov, et même après la révolution d'octobre (en novembre de notre calendrier), qui laisse à penser qu'il ne le fait plus pour le gouvernement.
Lorsque les gardes rouges commencent à prendre le contrôle des villes de Transbaïkalie. Il se réfugie un temps à Daouria, qui est une ville garnison, mais les maigres régulières désertent peu à peu. Le 18 décembre 1917, Semenov fuit vers Mandchouli.
Après avoir pris le contrôle de la ville, comme on l'a vu, il commence à recruter une armée, enrôlant des Russes réfugiés en transit par le train - notamment des Cosaques de l'Oussouri se dirigeant chez eux, mais surtout des Asiatiques. C'est le début de l'OMO, initiales de Détachement Spécial de Mandchourie (en fait, nommé d'après la ville d'origine : on devrait dire Détachement Spécial de Mandchouli).
Aux premiers jours de 1918, il revient attaquer la Russie avec 600 hommes : 51 officiers, 300 Bouriates, 135 Cosaques et 80 mongols. A l'époque, il n'y a pas d'opposition organisée contre les Rouges. C'est une des toutes premières armées blanches, une poignée d'hommes sans artillerie, sans mitrailleuse.
L'armée va croître progressivement, et il lance plusieurs offensives dans les mois qui suivent. Les Bolchéviques massent une armée face à lui, commandée à partir de février par le Moldave Sergueï Lazo, un individu que l'on reverra. Ce n'est pas encore l'armée rouge.
L'OMO n'accomplit rien à part fixer les forces rouges face à eux. A chaque revers, l'OMO se replie à Manchouli, en Chine, où les Rouges n'osent pas les poursuivre. La situation va changer radicalement à l'arrrivée des Tchécoslovaques et des Interventionistes.
Quelques ouvrages
White terror, Cossack Warlords of the Trans-Siberian, de Jamie Bisher, Routledge
Un pavé (très cher mais très riche) qui est le livre le plus complet que j'ai lu sur le sujet de cette petite série d'articles, centré autour de Semenov. Passionnant.
Il y a un site http://webspace.webring.com/people/wj/jetlag78/index.html
Daouria
Un film soviétique difficile à trouver. Comme je ne l'ai vu qu'en russe, je n'ai compris que les très grandes lignes. Il est consacré à la guerre civile en Transbaïkalie, du point de vue de Cosaques pro-communistes. Il y a quelques scènes de combat, des trains, etc.
Serko, film de Joël Farges de 2006
1889. Un jeune Cosaque part de la province de l'Amour pour rejoindre Saint-Petersbourg, monté sur un petit cheval nommé Serko. Le film est le récit de son voyage, et fait la part belle aux superbes paysages de Sibérie (notamment le Baïkal en hiver) et à l'évocation de trois groupes ehniques : les Cosaques, les Evenks et les Bouriates. Film tout public et sans prétention, mais très joliment poétique.
Ce film est inspiré d'une histoire vraie relatée dans le livre "la Russie à cheval", de Jean-Louis Gouraud, que je n'ai pas lu. Il y a aussi un livre avec les photos du film.
Uniformes
Les Gardes Rouges
Les gardes rouges d'abord surtout des ouvriers. Ils portent donc des vêtements civils ou vaguement militarisés, avec des insignes rouges au chapeau, ou des brassards rouges. On peut imaginer parmi eux l'agitateur à bésicles. Peu à peu, ils sont rejoints par des soldats qui reviennent du front et peuvent encore avoir des pièces de leur équipement militaire (sans les épaulettes).
Sur les brassards l'inscription "Krasnaya Gvardiya", Garde Rouge. En cyrillique pour les courageux : Красная Гвардия
Les internationalistes
Difficile de savoir. Les prisonniers de guerre étaient probablement dans leur tenue militaire d'origine (c'est plus rigolo pour le figuriniste), mais vraissemblablement sans les casques. On peut imaginer aussi qu'ils soient en civil, voire en vêtements militaires russes, ou en mélange de civil, et de vêtements militaires d'origine et russe, mais toujours avec des brassards rouges. (Tout ça est de la pure spéculation).
Bref il y a de quoi faire de jolies unités disparates, loin de l'image d'Epinal du Bolchévique en capuchon pointu.
Les Cosaques

Les Cosaques d'Extrême Orient sont de la branche des Cosaques des steppes. Attention à ne pas prendre des figurines de Cosaques du Caucase, qui sont plus typées.
Tous les cosaques d'Extrême-Orient ont le pantalon bleu avec une bande jaune. La couleur (bordure) des épaulettes varie : jaune pour le Transbaïkal, mélange de jaune et de vert pour l'Amour et l'Oussouri.
Il s'agit de l'uniforme de l'armée tsariste, qui pourra varier ensuite en fonction des forces locales.
05 novembre 2009
Chain Reaction 3.0 swordplay
Pour changer un peu d'Ungern (la suite demain) et de Riel (dimanche à 16 heures), je vais parler de mes impressions sur Chain Reaction 3.0 swordplay. J'y ai joué il y a une petite quinzaine de jours avec Geros au club. C'était la première fois.
J'avoue que j'étais sceptique. Le chain reaction armes à feu existe depuis longtemps et en est à sa troisième édition. Le chain reaction armes blanches me paraissait nouveau. En quoi je me rends compte que je me trompe. Même si c'est la première incarnation de Chain Reaction Swordplay, ce type de moteur est en rôdage depuis aussi longtemps que celui de Chain Reaction Armes à Feu, avec Mayhem Warrior Kings qui date de 2002, avec Legends of Araby, Montjoie, Warrior Heroes, etc.

On retrouve la même fluidité et rapidité que dans Chain Reaction, et le même manque de prévisibilité qui donne des parties pleines de rebondissement. Swordplay gère les différents types de troupes (montés ou pas, rmes de jet ou pas, soldats ou barbares) par des tables de réaction spécifiques pour chacun de ces types de troupes. Le principe est extensible à l'infini. A noter que l'on est dans une logique d'unités, ici. On juoe beaucoup de figurines, pour un jeu d'escarmouches.
Le système de corps à corps est la grande nouveauté. A la lecture, ça me laissait sceptique. En réel, j'ai bien aimé les possibilités qu'il offre. Un héros entouré d'ennemis peut par exemple occire plusieurs adversaires avant de succomber, en un seul combat. L'armure est rendue de manière très astucieuse et qui me va bien. Bon, je ne suis pas complètement convaincu, à cause notamment du grand nombre de résultats "tombé" avec le combat qui se poursuit à terre, mais je pense qu'à ce détail là, facilement rectifiable, on a un système qui marche très bien, et qui met en valeur les "héros" sans leur donner une puissance énorme.

Evidemment, la règle a des bugs. Au moins un, d'après moi. C'est quand une figurine doit faire un test de crise, et que le résultat est de gagner un couvert, mais que comme il n'y a pas de couvert proche, il faut faire un test de crise, lequel test donne comme résultat de gagner un couvert, mais comme il n'y a pas de couvert proche, etc., etc. Facilement rectifiable, mais pas rtès sérieux.
De toutes façons, la règle n'est pas plus facile à appréhender par un débutant que d'habitude. Je ne suis même pas sûr que le jet de dés collectif pour une unité soit expliqué quelque-part. Difficile d'y jouer d'après la règle, donc. Je suis en train de me demander si une démo de Chain Reaction ou Chain Reaction Swordplay intéresserait des gens lors d'une convention.
04 novembre 2009
Ungernmania 3 : la Mandchourie

Hounghouzes
A l'époque qui nous intéresse, la Mandchourie est une province chinoise encore largement sauvage. C’est le berceau des Mandchous, la dynastie chinoise au pouvoir jusqu’à la révolution de 1911. La Mandchourie englobe aussi sur son ouest de vastes zones peuplées de Mongols. Les régions mongoles situées dans le territoire de la Chine sont appelées la Mongolie Intérieure.
A noter que les territoires extrême-orientaux de la Russie, au nord de l’Amour et à l’est de l’Oussouri (province de l'Amour et province maritime) sont appelés par les Chinois Mandchourie Extérieure (appellation qu'on ne retrouve quasiment pas dans les ouvrages sur le sujet). Ces provinces ont été obtenues de la Chine au milieu du 19ème siècle. C’est la grand époque des « traités inégaux » où les puissances arrachent territoires et concessions à la Chine.
Les souverains mandchous de la Chine avaient pratiqué une sorte de « ségrégation » géographique de la Mandchourie, avec des barrières physiques empêchant les Chinois Han ou les Mongols de pénétrer librement en Mandchourie ethnique. Cette situation a largement évolué à partir de la moitié du 19ème siècle, la migration des Chinois Han étant alors encouragée pour contrebalancer démographiquement l'influence russe. On y trouve aussi à l'époque qui nous intéresse de nombreux Coréens arrivés dans la région pour travailler sur les voies ferrées.
Car, étendant leur sphère d'influence en Mandchourie les Russes y ont construit deux voies ferrées : l'une traverse la Mandchourie et relie Daouria à Vladivostok,. C’est en fait un tronçon du Transsibérien. L'autre joint cette ligne à Port Arthur dans le sud. A l'embranchement des deux lignes se trouve la ville de Harbin (Kharbine, Kharbin), siège de la Compagnie de Chemins de Fer de l'Est Chinois, la société à capitaux russes qui gére le chemin de fer. En ces temps durs pour la Chine, la voie ferrée a un statut d'extraterritorialité en faveur de la Russie, la CCFEC la gérant à sa guise et ayant même sa propre milice.
Cette situation sera une des causes de la guerre des Boxers en 1900, qui voit les Russes envoyer des troupes en Mandchourie pour protéger ses intérêts.

carte pourrie: Mandchourie et Extrême-Orient russe

situation de la carte précédente en Asie (sur une carte actuelle) - permet de se faire une idée de l'immensité de la Manchourie et de l'Extrême Orient russe !
La guerre russo-japonaise de 1905, qui se déroule essentiellement en Mandchourie, voit les Japonais disputer leur influence dans la région aux Russes. En résultat de leur victoire, les Japonais obtiennent entre autres l'administration du tronçon vertical (Harbin-Port Arthur), qui est désormais géré par les Chemins de Fer du Sud Mandchou, à capitaux japonais, tandis que les Russes gardent le tronçon du Transsibérien .
Les Russes décident alors prudemment de construire une variante du Transsibérien entièrement en territoire russe. Cette branche fait l'immense détour par le nord et rejoint Khabarovsk et Vladivostok. Elle est achevée en 1916 seulement.
A partir de la guerre civile russe, l'influence japonaise ira grandissante. En 1931, c’est sur la ligne du Chemin de Fer du Sud Mandchou qu’a lieu l'incident de Mukden qui servira de prétexte à l'invasion de la Mandchourie. Ces événements sont évoqués dans Tintin et le Lotus Bleu. En 1932, les Japonais font de la Mandchourie le Mandchoukouo, leur état satellite, avec Pu Yi le célèbre « dernier empereur » assis sur le trône. Avant de passer le reste de la Chine à la casserole.
Mais revenons à la fin de 1917. Le chemin de fer de l'Est Chinois est alors dirigé par le général Khorvath, qui est à la fois administrateur de la compagnie et gouverneur de la zone du chemin de fer de l'Est Chinois, la bande bordant chaque côté de la voie ferrée. Khorvath n'est pas du tout favorable au bolchévisme, et toute la zone devient un refuge des blancs, protégé de fait par sa situation en territoire chinois (mais pas protégé de la propagande, qui touche les miliciens et les travailleurs du rail). Harbin devient un des premiers lieux de la résistance blanche, et Khorvath son leader. La ville se peuple rapidement de militaires russes menant la belle vie tout en proférant des discours bellicistes, mais n'agissant guère. La ville devient aussi un nid de représentants et d'espions de toutes sortes.
La ville de Mandchouli se situe à l’ouest, sur la voie ferrée, tout près de la frontière entre Russie et Chine, mais en Mandchourie. C’est là que nous allons bientôt faire connaissance avec Semenov et Ungern.
En Mandchourie se trouvent aussi les Hounghouzes (ou honghuzis, à ne pas confondre avec les Toungouzes), hommes des bois clandestins mi bandits mi rebelles.

le général Tchang en uniforme de parade de l'armée chinoise
Tchang Tso Lin (Zhang Zuolin en pinyin) a commencé sa carrière comme un Hounghouze. En 1918, il a le contrôle de la Mandchourie et va étendre son pouvoir jusqu'à occuper Pékin en 1926 et devenir le plus puissant Seigneur de la Guerre de Chine, son dirigeant de fait, même si la fiction de la République perdure. Mais là encore, c'est une autre histoire. Pour l'instant, Tchang, qui redoute les interventions étrangères - et finira d'ailleurs assassiné par les Japonais en 1928 - se fait discret. Nous n'en entendrons pas parler. Notons quand même qu’il emploiera des Russes dans son armée, après la défaite blanche.
Quelques ouvrages
Les collines de Mandchourie, de Nicolas Baïkov, Petite Bibliothèque Payot, 2004
Nicolas Baïkov est un officier russe, affecté au début du siècle à une unité de gardes frontières du chemin de fer de l'Est Chinois, en Mandchourie orientale. Histoires de chasses, de rencontres avec les trappeurs, les chercheurs de ginseng, les Hounghouzes, les bagnards en fuite. Hymne à la nature dans une taïga encore vierge où règne le tigre de Sibérie, c'est une série de courts récits la plupart autobiographiques qui évoque puissamment ce que pouvait être la vie à la "frontière".

Dersou Ouzala, film d'Akira Kurosawa
A la même époque, non loin de là en Oussourisk, une histoire amité entre un explorateur russe et un chasseur mongol. Un film de Kurosawa peu connu des wargameurs (comparé aux samourailleries), tourné en Russie avec des acteurs russes, d'une grande poésie, et qui évoque bien l'immensité de la taïga et les techniques de survie dans ce milieu. Bon complément visuel de Baïkov.
Le bon, la brute et le cinglé, film de Kim Jee-Woon
Trois Coréens en Mandchourie dans les années 30. Un film coréen de 2008 déjanté, western « oriental » tourné dans le désert de Gobi, dont je me suis régalé.
Mouvements populaires et sociétés secrètes en Chine aux XIXe et XXe siècles, Chesneaux, Davis, Ho (collectif), Maspero
C'est un peu un livre de geek que ce volume collectif, mais très intéressant sur une multitude de sujets chinois. A propos du sujet qui nous intéresse, on y trouve un article sur les Honghuzis de Mandchourie, leur origine, leurs rapports avec la bureaucratie impériale, et l'organisation de la « république » de la Jeltuga, qui était une sorte d'état formé par des chercheurs d'or clandestins.